L’or noir, pas si rose
À la suite de l’annonce de l’intention d’Enbridge d’acheminer le pétrole albertain jusqu’à Montréal, plusieurs acteurs économiques s’étaient prononcés en faveur du projet.
En décembre, les porte-parole de Suncor, Dean Dussault, et d’Ultramar, Michel Martin, avaient tous deux expliqué dans les pages de l’Avenir de l’Est que le marché était défavorable aux raffineries de Pointe-aux-Trembles (Suncor) et de Lévis (Ultramar). Selon eux, la forte valeur du Brent (sur lequel est basé le prix du pétrole raffiné dans l’Est) met en péril les raffineries. Alors que l’arrivée de pétrole albertain, basé sur le West Texas Intermediate (WTI), leur donnerait un avantage considérable en raison de sa faible valeur.
Une hausse de 20 $ le baril
Le porte-parole d’Équiterre, Steven Guilbeault, réfute cet argument. « Les pétrolières canadiennes vendent leur pétrole à rabais, soit 20 $ de moins que le prix mondial. Pourquoi? Parce que, dans le Midwest américain, il y a trop de pétrole qui arrive, ça fait un effet d’entonnoir et les raffineries qui sont là ne sont pas capables de gérer tout ce pétrole-là. Quand l’offre dépasse la demande, le prix baisse. Les compagnies exportent 1 000 000 de baril par jours (b/j) vers les États-Unis, elles perdent donc 20 M$ chaque jour. »
C’est dans ce contexte où le Canada cherche d’autres débouchés pour son pétrole que le transporteur Enbridge a lancé, en 2008, les projets Northern Gateway et Trailbreaker. Ces projets visaient à permettre l’acheminement du pétrole vers les raffineries de la côte américaine du golfe du Mexique.
Or, pendant que le projet Northern Gateway connaît des ennuis, notamment en raison des redevances qui sont demandées par la Colombie-Britannique pour le passage du pétrole sur son territoire, le projet Trailbreaker, officiellement abandonné par Enbridge, semble reprendre forme sous le projet de la ligne 9, du moins en partie.
Pour M. Guilbeault il serait donc illusoire de croire que l’arrivée du pétrole albertain permettrait de rendre les raffineries québécoises très concurrentielles ou qu’il aura un effet sur les prix à la pompe. « À partir du moment où ces entreprises-là pourront exporter, le prix du baril de pétrole ne sera plus de 20 $ de moins, il sera le même prix que celui qui vient d’Europe, d’Algérie, etc. »
La CCEM garde sa position
Du côté de la Chambre de commerce de l’est de Montréal (CCEM), on ne voit pas les choses du même œil. En février, elle réitérait son appui au projet qui, selon elle, « permettra de consolider la présence d’importants joueurs de l’industrie du raffinage et de la pétrochimie dans l’Est et, qui du même coup, assurera la pérennité de près de 2000 emplois dans le secteur pétrochimique du raffinage du Québec ».
Pour la CCEM, l’inversion de la Ligne 9 se justifie non seulement par son impact économique, mais également dans une perspective de développement durable. « L’inversion de la ligne 9 d’Enbridge est un projet essentiel puisqu’il permettra notamment de réduire la dépendance des raffineurs québécois à l’égard du pétrole extracôtier étranger et de préserver une sécurité d’approvisionnement pour le marché de l’énergie domestique québécoise. La protection de l’environnement est au cœur de notre réflexion et il ne fait aucun doute que l’empreinte environnementale serait encore plus grande si le raffinage s’effectue aux États-Unis avant que le pétrole ne nous soit réacheminé ici », a affirmé le président de la CCEM, Denis Risler.