Décès du défenseur des pauvres
Le père Leblanc, ordonné prêtre en 1955, est devenu curé dans Rivière-des-Prairies en 1963, l’année durant laquelle le village du nord-est de l’île a fusionné avec Montréal.
L’un des premiers défis auquel il a été confronté est l’expropriation des résidents les plus pauvres vers une tour à logements. Le maire Jean Drapeau voulait à cette époque « nettoyer » les quartiers malfamés du secteur.
« Il défendait les pauvres. Il bouillait contre toute forme d’injustice », affirme le père Jean-Yves Simard, lui aussi de l’ordre des Saints-Apôtres.
« C’était plus le type prêtre ouvrier », dit de son côté Jean-Pierre Frick, un ancien organisateur communautaire du Centre local de services communautaires (CLSC) de Rivière-des-Prairies.
« À un moment, à Rivière-des-Prairies, il y a eu des expropriations pour le parc régional. Il a aidé beaucoup à ce niveau-là », ajoute-t-il.
À un autre moment, quand l’Archevêché de Montréal a voulu fermer la « desserte » de Saint-Valérien, qui tenait le rôle de paroisse entre celles de Saint-Joseph à Rivière-des-Prairies et de Sainte-Maria-Goretti à Pointe-aux-Trembles, le père Leblanc a défendu le droit de ses paroissiens à avoir des services religieux de proximité.
« Le père Leblanc s’est opposé, et en fin de compte, il a obtenu son point », mentionne Jeannine Desjardins, qui a été marguillière pour lui.
Une chose est certaine : tous voyaient en celui qui a été le curé de Saint-Valérien de 1963 à 1999 quelqu’un qui se préoccupait beaucoup des gens de sa communauté.
« Il était vraiment engagé dans son milieu. Il ne faisait pas juste des baptêmes ou des messes », tient à préciser M. Frick.
« Le père était fils de paysan, il avait le sens de la terre, le sens du partage », ajoute le père Simard. Selon ses dires, le père Leblanc avait même l’habitude de regarder sous le couvercle du chaudron de ses paroissiens pour voir s’ils avaient assez à manger. Dans le cas contraire, il leur envoyait de la nourriture.
« Le père Leblanc c’était un peu comme l’abbé Pierre. Il s’occupait des gens pauvres », insiste pour sa part Mme Desjardins.
De nombreux héritages
En plus d’être présent au sein de sa communauté, le père Leblanc a mis sur pied de nombreux projets.
Dans les années 1960, il a fondé la Chaumière, dans le comté de Chertsey, dans Lanaudière. Dans une vieille maison de campagne, des collègues et lui ont reçu de nombreux Prairivois qui ne pouvaient pas se payer des vacances. Ils ont aussi profité de l’emplacement pour accueillir des groupes de scouts.
Dans l’est de Rivière-des-Prairies, près du collège Saint-Jean-Vianney où il résidait parfois, il a fondé en 1969 un vestiaire où étaient offerts vêtements, meubles et électroménagers aux personnes à faible revenu. Communément appelé la Grange, l’endroit servait aussi de lieu de rencontre. Le feu a malheureusement rasé le bâtiment en 1981.
Enfin, au début des années 1970, lui et un petit groupe de notables du quartier ont encouragé l’implantation du CLSC.
À la fin de sa vie active, il a continué à accompagner les familles. Surtout de 1999 à 2005, alors qu’il n’était plus curé de Saint-Valérien, qui venait de fusionner avec la paroisse Saint-Joseph. Il a aussi exercé divers ministères à Sainte-Maria-Goretti.
Alors qu’il était chez les Pères capucins, son état de santé s’est beaucoup détérioré. Mme Desjardins affirme qu’il était atteint de la maladie d’Alzheimer. Ce qui ne l’a pas empêché de sourire jusqu’à la fin.