Une mise en contexte réclamée pour une fresque représentant Mussolini
La fresque représentant le dictateur italien Benito Mussolini ne doit pas être retirée de l’église Notre-Dame-de-la-Défense, mais doit être mise en contexte par l’ajout de plusieurs panneaux explicatifs, plaide un comité formé de chercheurs et d’historiens.
Située dans la Petite Italie, l’église Notre-Dame-de-la-Défense fait l’objet de discussions animées depuis des décennies. Au cœur de la discorde, sa fresque représentant Benito Mussolini entouré de quatre dignitaires fascistes, peinte en 1931 par Guido Nincheri.
La fresque sur laquelle on aperçoit aussi le pape Pie XI, avait été réalisée pour célébrer les accords du Latran qui marquent la reconnaissance mutuelle de l’Italie et du Vatican.
Face à cette œuvre problématique, un comité d’historiens et de chercheurs s’est formé pour proposer de la remettre en contexte en y ajoutant des informations historiques importantes à sa compréhension,
«C’est notamment le contexte actuel, avec la question des statues déboulonnées par exemple qui nous a poussés à agir maintenant. Depuis longtemps il y avait d’un côté ceux qui voulaient que la fresque disparaisse et de l’autre, ceux qui voulaient la conserver», explique Luca Sollai, chargé de cours à l’Université de Montréal et co-auteur de la pétition.
Une solution «raisonnable»
Choisissant une «voie moyenne», le comité demande au diocèse et à la Ville de Montréal d’installer des panneaux explicatifs rédigés par des historiens, à l’extérieur et à l’intérieur de l’église. Ils demandent aussi que des plaques commémoratives à la mémoire des victimes du fascisme soient installées dans le lieu de culte et dans le parc Dante adjacent.
«La fresque a une valeur patrimoniale et artistique, mais on ne peut pas la conserver sans apporter des explications et rendre hommage aux victimes. Mussolini a mené une dictature en Italie de 1922 à 1943. Beaucoup de gens ont souffert et sont morts sous le régime fasciste», précise M. Sollai.
C’est aussi l’avis du député fédéral de Rosemont-La Petite-Patrie, Alexandre Boulerice, qui fait partie des 300 signataires de la pétition.
«Je trouve que c’est une solution raisonnable qui découle d’une réflexion et de recherches très bien documentées. Les noms de rues et les monuments n’ont pas seulement une valeur historique. Ils servaient bien souvent à glorifier des personnes qu’on ne veut plus glorifier aujourd’hui».
Le diocèse de Montréal qui a reçu les demandes des chercheurs s’est montré ouvert au dialogue. Il se dit favorable à l’ajout de panneaux explicatifs et évaluera la possibilité d’installer des plaques commémoratives.
«Nous sommes confiants que la rencontre prévue aujourd’hui avec l’abbé Pierangelo Paternieri sera fructueuse», note Erika Jacinto, directrice des communications de l’archidiocèse catholique romain de Montréal.
Une rencontre avec la Ville aura aussi également lieu pour discuter de cet enjeu, rapporte M. Sollai.
«Nous élaborons actuellement un Cadre de reconnaissance en concertation avec des partenaires et des experts, nous permettant de traiter les demandes de reconnaissance et d’encadrer les décisions quant aux toponymes, plaques commémoratives et monuments, notamment», a fait savoir le cabinet de la mairesse et du comité exécutif de Montréal.