Les victimes des Jeux
Les résidents du district de Newham, à Londres, devaient bénéficier des Jeux olympiques. Pourtant, ils sont expulsés par milliers de leur logement.
«Il erre dans le centre d’achat Westfield à rêver à ce qu’il ne peut pas avoir, raconte Carole Vincent à propos de son fils autiste. Je n’ai pas beaucoup d’espoir de trouver une nouvelle place pour lui.»
Ashley Vincent, 23 ans, flâne dans les boutiques huppées du nouveau centre commercial, au coeur du village olympique londonien. Il s’agit pour lui de la seule façon de profiter des quelque 10 G$ investis par le gouvernement pour revitaliser et embellir l’est de la ville. Le jeune autiste et trois de ses colocataires handicapés ont été évincés temporairement de leur appartement à quelques pas du site des Jeux olympiques d’été, qui se tiendront à Londres du 27 juillet au 12 août.
Le propriétaire a choisi de profiter d’une rentrée d’argent rapide. La demande a fait bondir les prix de location jusqu’à 400 %, et des résidants moins fortunés comme Ashley se retrouvent sans logis. Dans Newham, le quartier le plus défavorisé de Londres, des centaines de locataires ont dû déménager avant la tenue des Jeux, selon le directeur de l’organisme Anchor House Shelter, Keith Fernett.
Les expulsions récentes n’ont fait qu’amplifier la sévère pénurie de logements déjà existante, plongeant les moins nantis dans une situation précaire. Environ 10 000 personnes vivraient dans des extensions illégales dans le district de Newham, plusieurs d’entre elles «louant des cabanons et des garages», explique Keith Fernett. Les abris de fortune sont souvent surpeuplés. «Nous avons vu jusqu’à 38 personnes vivant dans une même maison!»
Sim Sekhon, directeur de Legal 4 Landlords, agence spécialisée dans les évictions, a confirmé à Métro que l’entreprise était en plein essor, et que même la population aisée n’était pas épargnée par les évictions. «Dorénavant, notre entreprise se concentre sur Londres, puisque les expulsions sont de plus en plus fréquentes à l’approche des Jeux. Les propriétaires veulent tirer profit des baux de courte durée. Des locataires qui n’ont rien fait de mal sont expulsés.»
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Selon le plan Héritage olympique, Londres était censée résoudre la crise du logement et revitaliser les quartiers malfamés. Le maire de la ville, Boris Johnson, a récemment affirmé que 10 000 logements abordables supplémentaires seraient mis à disposition des Londoniens d’ici la fin des Jeux. Or, le seul immeuble en chantier dans le quartier de Newham est haut de gamme, et beaucoup trop cher pour les moyens de sa communauté étranglée par les dettes. Selon Keith Fernett, de l’organisme Anchor House Shelter, le Comité organisateur des Jeux olympiques de Londres souhaite «bâtir de nouvelles communautés dans le secteur.»
Les doléances des locataires n’ont pas su faire réagir les élites politiques, et le conseil du district martèle qu’il n’a pas le pouvoir de réglementer les propriétés privées. «Nous ne pouvons rien faire pour empêcher la flambée des loyers; il n’existe aucune protection pour les locataires», se désole le ministre britannique du Logement, Jack Dromey.