Trump retransmet trois vidéos anti-musulmans
WASHINGTON — Le président américain Donald Trump a retransmis mercredi sur son fil Twitter trois vidéos anti-musulmans mises en ligne par une politicienne britannique d’extrême droite, un geste rapidement décrié par des groupes de défense des droits civils de même que par un porte-parole de la première ministre britannique, Theresa May.
Les images avaient tout d’abord été diffusées par Jayda Fransen, la leader intérimaire du groupe Britain First.
Les vidéos montreraient des islamistes en colère qui poussent un adolescent en bas d’un toit et le battent à mort, un musulman qui détruit une statue de la Vierge Marie, et un immigrant musulman qui attaque un jeune Néerlandais handicapé.
Le porte-parole de Theresa May, James Slack, a déclaré que Britain First cherche à diviser les communautés en utilisant «des récits haineux qui répandent des mensonges et attisent les tensions».
Il a ajouté que le président américain avait eu tort de retransmettre ces vidéos.
Le bureau de Mme May a toutefois confirmé que Donald Trump était toujours officiellement invité à visiter le Royaume-Uni, bien que des élus de l’opposition réclament l’annulation de la visite.
Mme Fransen a rapidement remercié M. Trump d’avoir retransmis les vidéos, en rappelant que le président américain avait un auditoire de 44 millions de personnes sur Twitter. Elle a aussi demandé à Dieu de bénir M. Trump et les États-Unis.
Britain First est un groupe d’extrême droite qui s’oppose au multiculturalisme et dénonce ce qu’il appelle «l’islamisation» du Royaume-Uni. Il n’a remporté qu’un succès mitigé lors d’élections locales et nationales, et fait campagne contre la construction et l’agrandissement de mosquées.
M. Trump n’a pas expliqué pourquoi il avait retransmis ces vidéos. La porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders, a défendu ses publications, affirmant que le président «veut promouvoir une forte défense des frontières et de la sécurité nationale».
Lorsqu’on lui a demandé si le président avait la responsabilité de vérifier les contenus qu’il publie, Mme Sanders a répondu: «Qu’il s’agisse ou non d’une vraie vidéo, la menace est réelle et c’est ce dont parle le président.»
La porte-parole a ajouté que Mme May et les autres leaders du monde «savent qu’il s’agit de véritables menaces».
«Alimenter la peur et les préjugés»
Le Conseil des relations américano-islamiques a condamné les gazouillis du président. Son patron, Nihad Awad, a indiqué par communiqué que M. Trump «dit clairement à ses partisans qu’ils devraient détester l’islam et les musulmans».
M. Awad s’est ensuite adressé directement à M. Trump sur Twitter en déclarant que son organisation avait recensé 3296 incidents anti-musulmans depuis le début de l’année, «et pourtant, vous n’avez pas dit un seul mot. Quel président.»
L’Union américaine des libertés civiles (ACLU) a lancé sur Twitter que «le préjugé de M. Trump face aux musulmans devient de plus en plus clair — avec le gazouillis d’aujourd’hui qui est destiné à alimenter la peur et les préjugés, avec des énoncés comme « l’islam nous déteste », et avec chaque version de l’interdit sur les musulmans».
L’ancien chef du Ku Klux Klan, David Duke, a applaudi les vidéos, écrivant sur Twitter: «M. Trump retransmet des vidéos d’un enfant handicapé, en Europe, qui se fait battre par des migrants, et des Blancs qui se font lancer en bas d’un toit puis qui sont battus à mort, il est condamné parce qu’il nous montre ce que les médias de fausses nouvelles ne nous montrent pas.»
La leader intérimaire du groupe Britain First a eu de multiples démêlés avec la justice au fil des ans pour des incidents à caractère raciste. Elle a été reconnue coupable de harcèlement l’an dernier pour avoir hurlé des insultes à une musulmane qui portait un hijab. Elle est actuellement en liberté sous caution.
Au moins un observateur, l’animateur de télévision britannique Piers Morgan, a rappelé que l’authenticité des vidéos partagées par M. Trump n’avait jamais été prouvée.
M. Trump veut interdire l’immigration en provenance de certains pays majoritairement musulmans.