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De plus en plus de victimes des tueries de masse

Robert F. Bukaty / The Associated Press Photo: Robert F. Bukaty
Lisa Marie Pane - The Associated Press

ATLANTA — Si l’on a parfois l’impression qu’il y a de plus en plus de tueries de masse aux États-Unis, les chercheurs qui étudient le phénomène depuis des décennies affirment que ce n’est pas le cas. Par contre, elles font de plus en plus de victimes.

Dans les cinq années qui ont suivi le massacre de 20 enfants et six adultes à l’école primaire Sandy Hook de Newtown, au Connecticut, les États-Unis ont connu de nombreuses autres tueries de masse ayant fait tout autant de victimes. Plusieurs de ces fusillades impliquaient des armes semblables à celle utilisée par le tireur de Newtown.

Ceux qui voudraient comprendre pourquoi ces tueries se produisent et font de plus en plus de victimes risquent malheureusement de trouver bien peu de réponses.

Serait-ce en raison de la grande accessibilité des armes à feu? Serait-ce la faute des armes d’assaut de style militaire tant décriées? Ou d’un système de soins en santé mentale inefficace?

Le criminologue Grant Duwe, qui étudie les tueries de masse depuis les années 1990, reconnaît que les chercheurs avancent un peu à tâtons en essayant de comprendre pourquoi le bilan des crimes de ce genre ne cesse de s’alourdir.

Le gouvernement américain ne fait pratiquement pas de recherche sur cet enjeu, car une mesure adoptée dans les années 1990 a fait en sorte que les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies ont dû se retirer de toutes les recherches concernant les armes à feu. C’est donc une poignée d’universitaires, comme Grant Duwe, qui s’échine avec peu de ressources à tenter de mieux comprendre pourquoi ces explosions de violence ont lieu et comment les prévenir.

Bien que les tueries de masse continuent de se produire régulièrement, elles demeurent encore trop rares pour que les chercheurs puissent rassembler assez d’information et tirer des conclusions sérieuses.

Le profil des tueurs de masse — des individus solitaires, dépressifs, qui sourient rarement ou d’autres qui déversent leur fiel sur Internet — est si large et commun qu’il est impossible d’identifier qui serait susceptible de transformer sa rage en un tel acte de violence.

«Il y a énormément de gens qui sont isolés, qui n’ont pas d’amis, qui ne sourient pas et qui publient d’horribles messages en ligne en blâmant les autres pour leurs malheurs et qui ne veulent plus vivre et qui parlent des tueurs de masse, voire même qui les admirent», mentionne James Alan Fox, professeur à l’Université Northeastern qui a publié six livres sur les tueries de masse depuis les années 1980.

Il y a cinq ans, Newtown

Il y a cinq ans, Adam Lanza, un jeune homme perturbé de Newtown, au Connecticut, a abattu sa mère dans la résidence familiale avant de prendre le volant en direction de l’école primaire Sandy Hook. Équipé d’un long fusil d’assaut et d’une arme de poing, il a fait feu à l’intérieur de l’établissement, tuant 20 enfants, six enseignantes et lui-même.

Dans les années qui ont suivi, les États-Unis ont connu des tragédies encore plus meurtrières: la fusillade du bar Pulse à Orlando, en 2016, a fait 49 victimes, tandis que celle de Las Vegas, cette année, a fait 55 morts parmi la foule rassemblée pour un concert. Cette année encore, la fusillade de Sutherland Springs, au Texas, a vu un vétéran de l’armée de l’air tuer 26 personnes à l’intérieur d’une église.

La définition généralement acceptée des tueries de masse consiste en une fusillade qui fait au moins quatre victimes dans un lieu public, en excluant les drames familiaux et les meurtres liés au crime organisé. De manière assez stable, on en dénombre environ une vingtaine par année au cours des trois dernières décennies aux États-Unis, observe James Alan Fox. Reste que cinq des dix événements les plus meurtriers ont eu lieu après la fusillade de Sandy Hook.

«Certaines années sont pires que d’autres, et les mauvaises années ont tendance à être suivies par des années un peu moins mauvaises», analyse M. Fox. Alors que deux des fusillades les plus meurtrières ont eu lieu cette année, «on ne peut pas prendre les gestes posés par deux personnes et appeler cela un phénomène. C’est aberrant. On ne peut pas tirer un modèle ou une tendance en se basant là-dessus».

Il n’est pas clair non plus si le plus grand nombre de victimes est attribuable à la plus grande accessibilité des armes à feu ou à la plus grande efficacité des armes. Le tireur de Las Vegas, Stephen Paddock, a utilisé un dispositif transformant ses armes en mode entièrement automatique, mais sa position haut perchée au-dessus d’une foule extérieure lui rendait aussi la tâche plus facile. C’est la même stratégie employée par le tireur de l’Université du Texas à Austin en 1966. Perché dans une tour sur le campus, il a fait feu durant plus de 90 minutes sur les victimes qui se trouvaient en bas.

Dans la moitié des pires tueries, le tireur a utilisé au moins une arme d’assaut. Dans les autres cas, le tireur disposait d’une arme de poing, le type d’arme utilisé dans la majorité des tueries de masse.

«Contrairement à ce que plusieurs gens pensent, la fréquence des fusillades de masse ne s’est pas accélérée depuis Sandy Hook, ni au cours des cinq années qui ont précédé Sandy Hook. Ce qui a changé, c’est que le nombre de victimes a certainement augmenté. C’est un véritable changement que l’on a observé», explique Grant Duwe.

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