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16:07 10 février 2018 | mise à jour le: 10 février 2018 à 16:15 temps de lecture: 3 minutes

Carnaval de Rio: faire la fête pour oublier 2017

Carnaval de Rio: faire la fête pour oublier 2017
Photo: Andre Penner / The Associated PressAndre Penner / The Associated Press

SAO PAULO — Aux prises avec une économie au ralenti, une importante enquête sur la corruption et une polarisation politique de plus en plus marquée, les Brésiliens ont lâché leur fou, samedi, à l’occasion du premier jour du Carnaval de Rio, une fête depuis longtemps considérée comme un exutoire pour les tensions sociales et politiques.

Reconnu pour ses costumes élaborés et osés de même que pour ses concours de samba, le Carnaval permet aussi d’aborder des sujets très sérieux. Cette année, par exemple, les groupes féministes ont décidé de mettre l’accent sur le harcèlement sexuel dont les femmes sont souvent victimes non seulement durant les célébrations, mais aussi au quotidien dans les rues. D’autres regroupements ont attiré l’attention sur les problèmes de logement ou ont critiqué les politiciens soupçonnés de corruption.

Mais pour bien des Brésiliens, le Carnaval est plutôt un moment pour prendre une pause et mettre de côté ces questions difficiles. Selon Hector Batelli, un avocat âgé de 30 ans qui participait samedi à une fête de rue, appelée «bloco», à Sao Paulo, le Carnaval transcende la politique et constitue une célébration du peuple brésilien.

Le Brésil se remet lentement de l’une des pires récessions de l’histoire moderne et l’investigation sur la corruption a mené à la mise en accusation et à l’emprisonnement de nombreuses personnalités du monde politique et des affaires, minant la confiance de la population envers les institutions.

Cette situation a aggravé la division sur le plan politique et même favorisé la montée du radicalisme en prévision des élections de cette année. Les sondages placent l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva, qui a été accusé de corruption, en tête des intentions de vote. Mais l’ex-leader inspire des sentiments mitigés aux Brésiliens, la moitié souhaitant le revoir au pouvoir et l’autre désirant qu’il soit jeté en prison.

En deuxième position se trouve le politicien d’extrême droite Jair Bolsonaro, qui glorifie la dictature militaire qu’a connue le pays de 1964 à 1985 et a payé plusieurs amendes pour propos offensants.

Même le Carnaval n’a pas échappé à cette profonde polarisation, différents groupes ayant proposé d’organiser des blocos séparés en fonction de leur allégeance politique.

Toutefois, pour Luciana De Paula, qui se rendait samedi à un bloco en compagnie de ses cousins, si le Brésil connaît des hauts et des bas, le Carnaval, lui, reste toujours le même: un moment de pure joie.

«Il n’y a rien de mieux que ça, s’est exclamée la fonctionnaire âgée de 32 ans. Ça vous rend l’esprit et le coeur légers!»

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