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José Manuel Barroso : l’Union européenne vers une fédération

Photo: endo/illo.pl
Elisabeth Braw - Metro World News

L’Union européenne devrait devenir une fédération d’États nations pour éviter de futures crises, selon le président de la Commission, José Manuel Barroso.

José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, se trouve au centre de la tempête qui secoue l’Europe. Selon lui, la solution à la présente crise économique réside dans l’intégration.

Vous venez tout juste de prononcer votre discours sur l’état de l’Union. Sur une échelle de 1 à 10, à combien évaluez-vous l’Union européenne présentement?
Cinq. Nous sommes dans un moment critique, donc la situation peut grandement s’améliorer ou se déteriorer. Sur le plan du travail et de l’implication des institutions européennes, je donne une note de huit. Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir.

Huit, et la moyenne est de cinq. Cela veut-il dire que les gouvernements ont une moins bonne note?
La plupart sont sous la note de cinq. Les gouvernements ne sont pas capables d’expliquer la situation à leurs propres citoyens, et dans certains cas, rejettent le blâme sur l’Europe, alors qu’il est clair qu’elle n’est pas la cause de cette situation. Le problème découle de dettes trop importantes qui ont été accumulées par certains gouvernements qui ont violé les règles de l’Union européenne.

Le problème provient aussi du comportement irresponsable de grands joueurs du secteur financier. Certains politiciens tendent vers le populisme, le nationalisme et l’extrémisme en disant que l’Europe est le problème. Je donne à ces politiciens une note négative, mais pas aux pays eux-mêmes.

Un homme d’affaires grec a dit récemment : «Nous étions habitués à avoir les moyens de nous offrir des Mercedes, mais maintenant, je dois conduire une Nissan.» Sommes-nous tout simplement habitués à un niveau de vie trop élevé?
Cela dépend de la situation. Il y a des habitants en Europe qui vivent dans la pauvreté et qui ont besoin de la croissance économique. Et le taux de chômage demeure élevé. Certaines personnes disent que filet social de l’Union européenne est trop développé et qu’il pèse sur les perspectives économiques des pays. C’est faux! Quelques-uns des pays les plus prospères du monde, comme la Suède, la Finlande et le Danemark, ont des programmes sociaux étoffés et des syndicats forts. La solution n’est pas de démanteler le modèle social européen.

Il faut plutôt réduire le gaspillage et réformer l’administration publique pour que les pays puissent devenir plus compétitifs. Les pays devraient investir davantage dans la science, l’innovation et l’éducation.

Votre réponse aux malheurs de l’UE, comme vous l’avez souligné dans votre discours sur l’état de l’Union, est une fédération européenne…
Effectivement. Et quand je parle d’une fédération des États Nations, j’entends une organisation démocratique des pouvoirs en Europe. Ce qui arrive aujourd’hui, c’est que plusieurs problèmes sont traités comme étant nationaux. Regardez la crise financière. Un pays a un impact sur les autres, mais les gouvernements n’ont pas tous les instruments pour régler les problèmes. Donc, nous devons aller plus loin que les gouvernements – mais pas contre eux – pour avoir les bons instruments.

Je suis conscient que le mot «fédération» peut poser problème dans certains pays, mais ça serait une fédération démocratique d’États nations. Je propose une fédération pour organiser nos pouvoirs communs et pour assurer notre poids dans le monde. Ce qui aiderait à renforcer la démocratie.

Donc, votre solution aux crises économiques futures est de contourner les politiciens nationalistes?
Nous avons besoin de mieux superviser ce qui se passe dans le secteur financier et de mieux coordonner les politiques économiques afin d’éviter le débalancement qu’il y a présentement entre les pays européens. Et, oui, la solution est une meilleure intégration – pas en contournant les gouvernements, mais en travaillant avec eux. Je ne suis pas un de ceux qui croient que l’Europe peut être bâtie en travaillant contre les politiciens nationaux.

Je crois que l’UE ne remplace pas les pays mais, avec des pouvoirs partagés, ajoute au pouvoir que les pays possèdent déjà. Aujourd’hui, si une transaction est faite sans supervision dans un pays, cela peut causer du dommage aux autres.

Les marchés financiers parient que la Grèce quittera la zone euro, et des Européens veulent aussi que cela arrive. Le devrait-elle?
Il est simplement irresponsable de suggérer que la Grèce quitte la zone euro. Une sortie du pays équivaudrait à un saut dans le vide, et je ne serai pas la personne à le conseiller, ni pour la Grèce, ni pour la zone euro. Si le pays applique les réformes nécessaires, nous devrions faire tout en notre pouvoir pour le garder dans la zone euro. C’est dans l’intérêt de la Grèce, de la zone euro et de l’Union européenne.

Si nous donnons l’impression que nous pouvons joindre et quitter la zone euro à notre guise, cela mine la crédibilité de la monnaie. Nous devons donner du temps au nouveau gouvernement grec pour qu’il nous prouve qu’il est prêt à faire les réformes nécessaires et qu’il puisse satisfaire à toutes les exigences de la zone euro.

Certains Européens perçoivent l’UE comme un projet élitiste dont ils n’ont pas choisi les objectifs. Quelle est la solution à ce manque de connexion? Plus de référendums?
C’est à chaque pays de le décider. Mais il est important d’avoir plus de débats, tant au niveau national qu’au niveau européen. C’est pourquoi j’ai proposé qu’à la prochaine élection de l’UE, nous ayons des partis à l’échelle européenne. Les électeurs auraient l’impression qu’il y a un espace public européen et une façon bien à nous de nous attaquer aux problèmes.

Nous avons vu que ce n’est pas suffisant de se pencher sur le problème d’un seul pays, parce qu’il a également un impact direct sur les autres pays. Certains politiciens avancent qu’il peut y avoir une solution nationale à un problème en Europe. C’est faux. Des partis à l’échelle européenne permettraient qu’il y ait plus de démocratie et de compétence.

… et les Européens disent : «L’UE ne fait rien pour moi.» Voici votre chance de leur dire ce que l’Union a fait de plus important dans les dernières années!
Les gens peuvent voyager librement et travailler dans n’importe quel pays membre. Plus concrètement, l’UE a protégé les économies des gens. Nous sommes très proches d’un effondrement financier majeur. Si ce n’était pas des mesures décidées par l’Union européenne pour aider certains pays de la zone euro, nous aurions de sérieux problèmes à travers l’UE. Si les pays avaient agi seuls, les conséquences de cette crise financière auraient été imprévisibles. Pensez à l’Islande. Elle a fait faillite et n’est pas membre de l’Union.

Si on avait permis aux pays membres de manquer à leurs engagements, il y aurait eu des conséquences désastreuses pour tout le monde.

Donc, sans l’Union européenne, les pays auraient sombré dans une dépression comme en 1929?
Probablement pire.

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