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00:01 4 octobre 2012 | mise à jour le: 4 octobre 2012 à 00:16

«Tant pis, on va le faire!»: Un portrait de Richard Branson

«Tant pis, on va le faire!»: Un portrait de Richard Branson

Deux noms sont indissociables dans le monde entier : Virgin et Branson. À l’heure actuelle, le groupe de Sir Richard Branson dirige environ 400 entreprises dans des domaines aussi diversifiés que la téléphonie mobile, les voyages, la musique et les services de santé. En outre, il emploie plus de 50 000 personnes et engrange des recettes annuelles oscillant autour de 21 G$. Iconoclaste et aventurier, il milite activement pour différentes causes. Voici un portrait de l’homme engagé.

  • Désarmement: Élimination des armes nucléaires et économie d’argent

Il y a 20 ans, les États-Unis et la Russie possédaient des milliers d’armes nucléaires. Cet arsenal est à l’origine du concept de «destruction mutuelle assurée», car il était assez puissant pour annihiler la race humaine, et ce, plus d’une fois! Aujourd’hui, les puissances nucléaires mondiales (les États-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne, la France, la Chine et des États nucléaires non officiels tels que l’Inde et le Pakistan) disposent encore de centaines d’ogives nucléaires, de quoi détruire plusieurs fois la planète. Ces armes coûtent plus de 1 G$ par décennie.

Devant cet enjeu, Sir Richard Branson et quelque 300 chefs de file mondiaux ont lancé le mouvement international Global Zero, qui prône l’élimination de toutes les armes nucléaires. «Du point de vue de la dissuasion, un pays n’a besoin que de 300 armes nucléaires, a déclaré Sir Richard Branson au journal Métro cette année. Si nous nous débarrassions des armes nucléaires, nous économiserions des sommes considérables et nous réglerions une grande partie des problèmes de déficit de la planète.» Pourquoi? L’entretien de l’arsenal nucléaire est excessivement coûteux. D’après une étude rendue publique par Global Zero, les États nucléaires officiels et non officiels devraient dépenser plus de 1 billion de dollars à cet effet au cours des 10 prochaines années.

À l’échelle mondiale, Global Zero compte maintenant 400 000 membres. «Global Zero pourra toujours compter sur ma collaboration et celle de mon administration», a affirmé le président américain Barack Obama. Nul doute que la notoriété de Sir Richard Branson profite à Global Zero et à ses prestigieux porte-paroles. En particulier, la branche étudiante de l’organisation remporte un immense succès. Des étudiants de plus de 100 universités réparties dans 10 pays font campagne pour l’éradication des armes nucléaires

  • The Elders: Promotion de la paix

Ils sont vieux et «cools»! Lorsqu’il a quitté ses fonctions de président de l’Afrique du Sud, Nelson Mandela souhaitait user de son influence pour aider à résoudre des conflits à travers le monde. Il s’est tourné vers Sir Richard Branson, qui a accepté de cofonder et de financer l’organisation The Elders (Les aînés).

Comme son nom l’indique, l’organisation est composée d’hommes d’État d’un certain âge dont la réputation leur permet de parcourir le monde et de contribuer à la résolution de différends. Se sont notamment joints à Nelson Mandela l’archevêque Desmond Tutu, un ami de longue date; Graça Machel, son épouse (qui a mené une longue carrière politique dans son pays natal, le Mozambique); et Jimmy Carter, un ancien président américain.

Le concept de l’organisation peut sembler peu vendeur dans une culture axée sur la jeunesse, mais il répond à un besoin particulier dans le domaine de la politique internationale, puisqu’il n’existe aucune organisation ou institution à laquelle les parties en conflit peuvent faire appel. Les missions des envoyés des Nations unies sont officielles et soumises aux pressions des pays membres, tandis que les «aînés» agissent à titre privé. Après avoir accompli des missions en Corée du Nord, en Corée du Sud, au Moyen-Orient, au Sri Lanka et à Chypre, ils ont attiré l’attention des grands acteurs internationaux, puis­que Lakhdar Brahimi vient d’être nommé émissaire des Nations unies en Syrie.

  • Exploration spatiale: Infini des possibles

Le Nouveau-Mexique abrite une installation hors du commun : un port spatial! À compter de l’année prochaine, les touristes de l’espace pourront décoller du Spaceport America à bord de la navette Virgin Galactic moyennant 200 000 $. Ils auront l’occasion de passer deux heures et demie dans l’espace et cinq minutes en apesanteur.

Sir Richard Branson assure que ces excursions spatiales ne seront pas futiles. Au contraire! Des scientifiques utiliseront la navette pour mener des recherches sur la couche d’ozone. La NASA réservera même des places pour son personnel! D’ailleurs, la navette Virgin Galactic sera très peu dommageable pour l’environnement. D’après Sir Richard Branson, un touriste de l’espace contribuera moins au réchauffement planétaire qu’un passager de classe économique qui effectue un vol Londres-New York. Il va jusqu’à prédire que les vols spatiaux seront bientôt carboneutres.

Sans compter que la fascination de Sir Richard Branson pour l’espace a une dimension environnementale. Il envisage de surveiller des activités telles que l’exploitation forestière illicite au moyen de satellites.

  • Légalisation de la drogue: Exemple du Portugal

Au Mexique, la violence liée au trafic de stupéfiants a causé la mort de près de 13 000 personnes de janvier à septembre 2011. Depuis que le gouvernement mexicain a lancé son offensive contre les narcotrafiquants il y a 6 ans, près de 48 000 personnes ont perdu la vie. Au Mexique seulement, plus de 50 000 troupes et policiers participent à la guerre contre le trafic de drogue. Chaque année, la valeur des drogues sud-américaines introduites en contrebande aux États-Unis atteint environ 13 milliards de dollars au total.

Selon sir Richard Branson et d’autres militants, la lutte contre la drogue est une perte de temps et d’argent. Cette année, il a témoigné devant le Parlement britannique au sujet des avantages de la dépénalisation de l’usage de drogues, en soulignant que le nombre de toxicomanes et de crimes liés à la drogue a diminué dans les pays qui avaient légalisé la drogue, comme le Portugal.

En réalité, sir Richard Branson se joint à ceux, de plus en plus nombreux, qui se prononcent en faveur du relâchement des lois régissant la drogue. De concert avec des chefs de file mondiaux tels que l’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa et l’ancien président du Mexique Ernesto Zedillo, il a constitué la Global Commission on Drug Policy, laquelle appuie l’assouplissement de la législation sur la drogue.

Même le président sortant du Mexique, Felipe Calderón, qui a fait de la guerre contre la drogue la clé de voûte de son programme, a affirmé qu’il était disposé à discuter de la légalisation de la drogue.

  • Humanitarisme: Entrepreneuriat social

Bien entendu, Sir Richard Branson fait du surf pour le plaisir, mais il est passé maître dans la réalisation de tours de force publicitaires pour des causes louables. Il croit que, en général, une bonne cause témoigne de bonnes habitudes d’affaires.

Dans son nouveau livre, intitulé Screw Business As Usual, il avance que les frontières entre le travail et la mission d’une entreprise s’estompent. Il a nommé ce concept «capitalisme 24902» (ce chiffre fait référence à la circonférence du globe). Il y écrit que tous les gens d’affaires ont la responsabilité de prendre soin des personnes et de la planète qui font partie du village mondial.

La tâche la plus colossale à laquelle doivent s’attaquer les gens d’affaires qui souhaitent sauver la planète est peut-être la guérison des maladies. En Grande-Bretagne, Sir Richard Branson a mis sur pied la Virgin Health Bank, à qui les parents peuvent confier les cellules souches de leurs enfants. «À l’avenir, ces cellules pourraient servir à traiter un large éventail d’affections, des maladies du cœur au diabète», indique-t-il dans un message à l’intention des clients potentiels de la banque.

En outre, Sir Richard Branson s’est allié à Jacob Zuma, président de l’Afrique du Sud, pour établir un centre de lutte contre les maladies dans ce pays.

  • Musique: Fondation de l’empire Virgin

Comment Sir Richard Branson a-t-il construit son empire?

Pendant les années 1960 et 1970, il a commencé à vendre des disques tout en dirigeant un magazine. En 1973, le premier album produit par Virgin, Tubular Bells, de Mike Oldfield, a remporté un tel succès qu’il a ouvert la voie à des contrats avec les Sex Pistols, Culture Club et beaucoup d’autres. Après avoir vendu Virgin Records à la compagnie de disques EMI en 1992 pour la somme faramineuse de 1 G$, Sir Richard Branson envisagerait-il de revenir aux sources?

  • Environnement: Résolution de problèmes

Les vedettes aiment séjourner sur l’île Necker, une île des îles Vierges qui appartient à Sir Richard Branson. L’île abrite aussi des mococos, une espèce en voie de disparition, que Sir Richard Branson a importés de Madagascar afin d’essayer de les sauver.

Il caresse des ambitions environnementales plus vastes qui ne sont pas seulement animées par son désir de sauver la planète. «Nous devons faire face à nos problèmes environnementaux dans un esprit entrepreneurial, a-t-il déclaré au journal Métro cette année. Par exemple, le nouveau carburant aviation de Virgin est fait à base de déchets d’aciérie. L’écologisation de nos villes pourrait créer des millions d’emplois. L’environnement en bénéficierait, les villes en bénéficieraient, les gens ordinaires en bénéficieraient, et nous cesserions d’engouffrer des sommes importantes dans le Moyen-Orient.»

Sir Richard Branson a promis d’investir tous les profits de ses compagnies d’aviation dans le développement de carburants de remplacement. Quant à son nouvel organisme Carbon War Room, il encourage les entrepreneurs et les sociétés de capital-risque à trouver des solutions au réchauffement planétaire.