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Un juge accorde une victoire d’étape à CNN contre la Maison Blanche

Un juge accorde une victoire d’étape à CNN contre la Maison Blanche
Photo: Evan Vucci/APPresident Donald Trump speaks to CNN journalist Jim Acosta during a news conference in the East Room of the White House, Wednesday, Nov. 7, 2018, in Washington. (AP Photo/Evan Vucci)

CNN a engrangé une victoire vendredi dans son bras de fer avec la Maison Blanche, la justice ayant ordonné de rendre son accréditation à un journaliste de la chaîne privé d’accès à la présidence après un échange houleux avec Donald Trump.

Le juge Timothy Kelly a pris une décision temporaire, basée sur des questions de procédures et pas sur le fond du dossier. La Maison Blanche a indiqué qu’elle s’y plierait, en rendant «temporairement» son badge à Jim Acosta.

Malgré la portée limitée de la décision, les défenseurs de la liberté de la presse ont salué une victoire pour CNN et plus globalement pour les médias, cibles récurrentes du président Trump, qui les qualifie régulièrement d’«ennemis du peuple».

«C’était un test», a commenté Jim Acosta, de retour à la Maison Blanche après l’audience. «Les journalistes ont besoin de savoir que leurs droits sont sacrés grâce au Premier amendement» de la Constitution américaine, qui garantit la liberté de la presse, a-t-il ajouté.

Ses déboires avaient débuté lors d’une conférence de presse électrique le 7 novembre à la Maison Blanche. Ce reporter chevronné, habitué aux coups d’éclat, avait un temps refusé de rendre son micro, relançant avec insistance le président Trump, qui refusait de répondre à une question sur sa politique migratoire.

Le soir-même, il était prié de rendre son badge d’accès à la présidence. Un porte-parole l’accusait d’avoir porté la main sur la stagiaire venu lui reprendre le micro, un motif abandonné ensuite, au profit d’un grief plus général de comportement «perturbateur».

Ce sont ces incohérences que le juge Timothy Kelly, du tribunal fédéral de Washington, saisi en urgence par la chaîne câblée, a sanctionnées.

«Décorum»
Dans sa décision, le magistrat a estimé que la Maison Blanche aurait dû prévenir Jim Acosta en amont, lui expliquer les motifs de sa décision et lui donner le droit de se défendre. L’administration «doit respecter les formes si elle veut retirer des accréditations», a-t-il déclaré.

Mais, a-t-il ajouté, «je veux insister sur le fait que je n’ai pas tranché la question d’une violation du Premier amendement».

Cette question, au cœur de la plainte de CNN, sera tranchée ultérieurement. En attendant, les deux camps ont manifesté leur satisfaction.

«Nous nous félicitons de ce résultat et attendons une décision complète dans les prochains jours», a commenté prudemment CNN dans un communiqué, remerciant tous ceux qui lui ont apporté leur soutien.

La plupart des grands médias américains s’étaient joints à la procédure intentée par la chaîne d’informations, y compris sa concurrente Fox News, dont plusieurs commentateurs sont des partisans affichés du président Trump.

«Aujourd’hui, la justice a clairement indiqué qu’il n’existe pas un droit absolu à accéder à la Maison Blanche lié au Premier amendement», a de son côte retenu la porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Sanders, annonçant la mise en place «de règles et de procédures» pour que les conférences de presse soient désormais «ordonnées et équilibrées».

«Il faut observer un certain décorum à la Maison Blanche», a-t-elle ajouté.

«Démocratie renforcée»
Les efforts de la Maison Blanche pour minimiser son revers n’ont pas tempéré l’enthousiasme des défenseurs des médias.

«C’est une importante victoire pour la liberté de la presse», a commenté Jameel Jaffer, le directeur de l’institut Knight de l’université Columbia. «Nous avons besoin de reporters qui puissent poser des questions difficiles dans les conférences de presse sans craindre de perdre leurs accréditations».

La puissante organisation des droits civiques ACLU a elle souligné que cette décision «rappelle que personne, même pas le président, n’est au dessus des lois». Pour elle, «la démocratie se renforce quand des journalistes portent la contradiction face aux chefs, plutôt que lorsqu’ils se montrent déférents».