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«Choose France»: l’opération de séduction contrariée par les gilets jaunes

«Choose France»: l’opération de séduction contrariée par les gilets jaunes
Photo by: APChairman and CEO of ArcelorMittal Lakshmi Mittal, left, speaks with French President Emmanuel Macron prior to a meeting as part of the second edition of the "Choose France" summit, in Versailles, outside Paris, France , Monday, Jan. 21, 2019. (Geoffroy Van Der Hasselt/Pool Photo via AP)

Emmanuel Macron organisait lundi une nouvelle opération séduction des chefs d’entreprise étrangers sur le thème «Choose France» (Choisissez la France) en plein mouvement social des gilets jaunes qui, avec son cortège de violences, risque d’avoir l’effet inverse.

Ce sont ainsi 150 chefs d’entreprise qui étaient réunis au Château de Versailles, près de Paris, dont les plus grands noms de l’économie numérique comme Microsoft, Uber ou Snapchat. Le président Macron, qui boude cette année le Forum économique de Davos, avait initié ce grand raout du business mondial à Versailles l’an dernier, peu après son élection, alors qu’il bénéficiait d’une aura de «réformateur» en France comme à l’étranger pour son ambitieux programme visant à rendre son pays plus compétitif et plus attractif.

Depuis, les choses ont bien changé: les images d’émeutes urbaines en marge des manifestations de gilets jaunes ont fait le tour du monde. «C’est une situation complètement nouvelle. Et cette fois, Macron est seul et il a beaucoup d’opposition», résume l’économiste Jean-Paul Betbeze.

Samedi dernier, pour la dixième semaine consécutive, 84 000 gilets jaunes ont encore manifesté à travers la France contre la politique fiscale et sociale d’Emmanuel Macron, sans que les initiatives du président laissent entrevoir un apaisement de cette fronde populaire. Début 2018, la première édition de «Choose France» avait permis d’annoncer près de 3,5 milliards d’euros d’investissements sur plusieurs années, dont 2 milliards d’euros de l’allemand SAP et 900 millions de Novartis.

Mais, depuis, «l’attractivité du pays s’est effondrée», a récemment averti Frédéric Sanchez, le président international du Medef, l’organisation patronale. «Quand vous êtes aux États-Unis, vous avez l’impression que la France est en guerre civile», souligne-t-il. Le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé lundi une légère révision de ses prévisions de croissance pour la France, à 1,5% en 2019 (en repli de 0,1 point par rapport à son estimation d’octobre) «en raison de l’impact négatif des protestations».

En 2017, la croissance avait atteint 2,2%. Mais le gouvernement se veut confiant et assure que le mouvement des “gilets jaunes”, qui perdure depuis plus de deux mois, n’a pas mis à mal l’attractivité de la France, deuxième pays européen bénéficiaire d’investissements étrangers, derrière l’Allemagne, mais devant le Royaume-Uni, affaibli par la perspective du Brexit.

En décembre, un baromètre annuel de l’agence de promotion commerciale Business France assurait encore que la France restait le deuxième pays «le plus attractif en Europe», citée par 35% des 602 leaders d’opinion étrangers interrogés, derrière l’Allemagne (41%) mais juste devant le Royaume-Uni (34%). «Au global, le regard que les cadres dirigeants étrangers portent sur l’attractivité de la France reste positif et ne remet pas fondamentalement en cause les progrès réalisés par l’attractivité française ces 18 derniers mois», en conclut le ministère français des Finances.

Les investissements étrangers en France ont bondi de près de 40% l’an dernier, à 44 milliards d’euros, selon l’agence nationale des statistiques Insee. La France espère également accueillir des sociétés qui fuiraient le Royaume-Uni s’il quitte l’Union européenne. Paris a déjà attiré plus de 2500 emplois relocalisés, contre 2000 à Francfort, selon des chiffres datant de juin 2018.

«Aujourd’hui, personne ne nous a dit qu’il renonçait à une installation à Paris du fait du mouvement des gilets jaunes», déclare à l’AFP Robert Ophèle, président de l’Autorité des marchés financiers (AMF). Mais «nos interlocuteurs s’interrogent sur les conséquences et la pérennité du mouvement» social, nuance-t-il.

La répétition des manifestations, tous les samedis avant les fêtes de fin d’année propices d’ordinaire au commerce, accompagnées de violences et de casse des vitrines et des équipements urbains, ont contraint nombre de magasins à fermer leurs portes. La Fédération du commerce et de la distribution a évalué à deux milliards d’euros environ la perte de revenus avant Noël.

«La croissance française a déjà décéléré et elle va décélérer encore, et le chômage pourrait monter – ça, c’est le risque, et c’est à ce moment-là que la machine macronienne sera mal», avertit M. Betbeze. «Il va falloir vendre l’idée que la France is back, and will be back again», ajoute l’économiste, en anglais.

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