La florissante industrie de l’apocalypse exploite l’angoisse – et peut être très dangereuse
Avez-vous terminé votre magasinage de la fin du monde?
Vous avez peut-être déboursé 30 000 $ pour une place dans un luxueux bunker souterrain, ou avez investi dans un kit de survie plus abordable qui vous permettra de vous nourrir d’herbes. La littérature apocalyptique est elle aussi en plein essor. À preuve, les ventes des romans de la série Les survivants de l’Apocalypse ont presque atteint 1 G$.
Il s’agit là d’un saut quantique par rapport aux Indulgences, ces contrats vendus au Moyen Âge par l’Église en guise d’assurance en prévision du Jugement dernier. Parlant d’argent, plusieurs spécialistes font remonter l’origine de la commercialisation de l’apocalypse au mouvement américain des millerites, animé par le pasteur William Miller. Celui-ci lança dans les années 1840 une campagne au cours de laquelle il se servit de ses nombreux journaux pour diffuser sa vision du Jugement dernier.
«Mais la première commercialisation systématique de l’apocalypse est liée à la peur de la guerre nucléaire dans les années 1960, époque où des compagnies vendaient notamment des abris anti-atomiques, raconte Lorne Dawson, sociologue auteur de Prophetic Failure and Millennial Movements. Certains ont alors compris les possibilités commerciales qu’offrait le phénomène, et ça s’est poursuivi avec le survivalisme dans les années 1970 et la peur de plus en plus grande d’une catastrophe écologique.»
Les années 2000 et 2012 ont aussi braqué l’attention sur l’apocalypse. Dawson croit que cette marchandisation exploite un désir humain élémentaire. «La psychologie enseigne que les gens ont besoin de croire qu’ils ne vivent pas en plein chaos, qu’il existe un dessein supérieur.»
Ces histoires sur l’apocalypse ont cependant provoqué de vives réactions après certaines tragédies, notamment le suicide d’une adolescente britannique, Isabel Taylor, qui s’est enlevé la vie en 2011, entre autres parce qu’elle avait peur de la fin du monde. «C’est une industrie qui exploite l’angoisse et qui peut être dangereuse», affirme Bill Hudson, astronome et rédacteur du bloque 2012hoax.
Même s’il ne se passe rien cette année, il ne faut pas croire que cette industrie disparaîtra. «Même quand une théorie est déboulonnée, il reste toujours un groupe de croyants, et ce groupe a tendance à devenir encore plus fervent, ajoute Hudson. Ils sont enfermés dans leurs croyances. Et vous ne pouvez pas raisonner quelqu’un qui, à la base, a adopté irrationnellement une certaine attitude.»