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Des «gilets jaunes» blessés créent un collectif et appellent à manifester

Des «gilets jaunes» blessés créent un collectif et appellent à manifester
Photo: NICOLAS TUCAT / AFPLes affrontements entre les manifestants et les forces de l'ordre ont fait plusieurs blessés depuis le début du mouvement des «gilets jaunes» en France.

Des manifestants gravement blessés par les forces de l’ordre en France, dont la plupart lors du mouvement social des «gilets jaunes», ont annoncé dimanche se constituer en collectif et appeler à une manifestation nationale à Paris le 26 mai.

«On a décidé de constituer un collectif, “les mutilés pour l’exemple”, en référence aux fusillés pour l’exemple», a déclaré lors d’un point de presse à Gennevilliers (région parisienne) Robin Pagès, handicapé depuis sa grave blessure au pied en 2017 à Bure (nord-est), où est prévu un site d’enfouissement de déchets nucléaires.

Un soldat «fusillé pour l’exemple» désigne un militaire exécuté après décision d’une juridiction militaire, à la suite d’un délit précis mais aussi dans un souci d’exemplarité visant à maintenir les troupes en parfait état d’obéissance.

Dimanche, dix-neuf personnes, toutes blessées par des tirs du lanceur de balles de défense (LBD) ou de grenades, ont présenté ce collectif qui vise à combattre «l’ultra violence de la répression» et souhaite faire interdire «l’utilisation de ces armes de guerre».

«Vous avez 19 personnes devant vous et vous n’avez que 26 yeux qui vous regardent. Faites le compte, il y a un petit problème», a asséné Jérôme Rodrigues, «gilet jaune» éborgné lors d’une manifestation fin janvier à Paris.

Chacune des personnes présentes a raconté cette «vie qui a basculé» ou l’impossibilité «de pouvoir se regarder dans une glace».

«La nuit c’est des insomnies, des cauchemars. C’est l’horreur au quotidien pour essayer de se démerder comme on peut avec une main», a ainsi témoigné Sébastien Maillet, qui a eu la main arrachée le 9 février à Paris, lors d’une manifestation des «gilets jaunes», ces Français qui réclament depuis la mi-novembre plus de justice sociale et fiscale.

«La monophthalmie complique toute votre vie. Les choses vous demandent beaucoup de temps et il y a un impact psychologique sur votre entourage et vos proches», a expliqué Patrice Philippe, ex-chauffeur routier de 50 ans, blessé à l’oeil par un tir de LBD le 8 décembre.

«De nombreuses personnes ici présentes ont des plaques en titane et des vis dans le visage», a ajouté M. Pagès. D’après le collectif, depuis le début du mouvement des «gilets jaunes», 22 personnes ont perdu un oeil et cinq ont été amputées d’une main, «sans compter les autres mutilations» (perte d’odorat, testicule amputé).

Plusieurs associations en France militent pour l’interdiction de cette arme lors des manifestations. Début mars, le ministère de l’Intérieur comptabilisait 13 095 tirs de LBD depuis la première manifestation des «gilets jaunes» et 83 enquêtes pour des tirs potentiellement problématiques.