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Syrie: fuite d’environ 800 proches de l’EI selon les Kurdes

Syrie: fuite d’environ 800 proches de l’EI selon les Kurdes
Photo: Burak Kara/Getty ImagesCombats dans la ville syrienne de Tel Abyad, près de la frontière turque

Les autorités kurdes en Syrie ont annoncé dimanche la fuite de près de 800 proches de jihadistes du groupe État islamique (EI) d’un camp de déplacés, qui ont profité selon elles du chaos sécuritaire créé par l’offensive turque.

Les combats dans le nord de la Syrie, près de la frontière turque, continuent de faire rage au cinquième jour de cette offensive qui a entraîné la mort de plus de 150 personnes, dont une cinquantaine de civils, et l’exode de plus de 130 000 personnes.

Avec cet assaut, la Turquie cherche à instaurer une «zone de sécurité» de 32 km de profondeur pour séparer sa frontière des territoires aux mains des Unités de protection du peuple (YPG), une milice kurde qualifiée de «terroriste» par Ankara.

À la faveur de la guerre complexe en Syrie déclenchée en 2011, la minorité kurde a instauré une autonomie de facto sur de vastes régions du nord et nord-est du pays, le long de la frontière turque. Ces secteurs sont sous le contrôle des Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance dominée par les YPG.

Les FDS ont été les partenaires incontournables des Occidentaux, principalement des États-Unis, dans la lutte contre l’EI. Et elles n’ont eu de cesse d’avertir que l’assaut turc risquait d’entraîner une résurgence de l’EI qui profiterait d’un contrôle de sécurité très réduit avec le redéploient des forces kurdes pour combattre les Turcs et leurs supplétifs syriens.

Dimanche, «785 (proches) de membres étrangers de l’EI ont fui le camp d’Aïn Issa», a indiqué dans un communiqué l’administration kurde. «Ils ont attaqué les gardes et ouvert les portes».

«Toutes les familles de membres de l’EI ont fui», a indiqué à l’AFP un responsable kurde, Abdel Qader Mouahad, en faisant état «d’émeutes» et de la présence de «cellules dormantes» jihadistes se faisant passer pour des déplacés dans le camp.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), une partie des gardiens du camp se sont retirés pour aller épauler les forces kurdes combattant les supplétifs syriens à 10 km de là.

Catastrophe en Syrie

Des bombardements ont également visé les environs du camp, ont précisé les autorités kurdes et l’OSDH.

Quelque 12 000 combattants de l’EI, des Syriens, des Irakiens mais aussi 2500 à 3000 étrangers originaires de 54 pays, sont détenus dans les prisons sous contrôle des Kurdes, selon leurs statistiques. Les camps de déplacés accueillent quelque 12000 étrangers, 8000 enfants et 4000 femmes.

Alors que les Occidentaux ont condamné l’offensive turque en disant craindre une résurgence de l’EI, les autorités kurdes ont appelé à une action internationale «rapide pour empêcher une catastrophe dont les conséquences ne se limiteront pas à la Syrie».

Sur le front des combats qui se concentrent sur une bande allant des villes frontalières de Ras al-Aïn à Tal Abyad, tenues par les forces kurdes, les forces turques ont poursuivi leur lente progression.

Près de Tal Abyad, les forces turques et leurs supplétifs ont conquis la localité de Suluk, d’après l’OSDH. Elles ont pris au total depuis mercredi 36 villages aux Kurdes malgré la forte résistance des Kurdes.

14 civils tués

Sur le front de Ras al-Aïn, plus à l’est, les forces kurdes ont fait reculer les militaires turcs et les combats se poursuivent, d’après l’OSDH.

Les forces kurdes utilisent  «des tunnels souterrains» pour prendre l’assaillant par surprise, a dit un responsable des FDS à Ras al-Aïn.

Au moins 14 civils ont été tués dans des tirs ou des bombardements, dont cinq personnes à bord d’une voiture prise pour cible par des combattants proturcs près de Aïn Issa, au sud de Tal-Abyad, selon l’Observatoire.

En cinq jours, 104 combattants kurdes ainsi que 52 civils ont été tués dans les violences, selon un dernier bilan de l’OSDH. Ankara a annoncé la mort de quatre soldats en Syrie et de 18 civils dans la chute de roquettes kurdes tirées sur des villes frontalières turques.

Selon l’ONU, «des déplacements significatifs continuent d’être rapportés autour de Tal Abyad et Ras al-Aïn », avec des « estimations dépassant les 130 000 personnes». Ces déplacés sont installés dans des écoles transformées en abri dans des zones épargnées par les violences.

Les FDS ont combattu pendant des années l’EI, vaincu en mars dernier en Syrie, avec principalement l’aide des États-Unis dont des centaines de soldats sont déployés dans le nord syrien.

L’offensive turque a été lancée deux jours après que les États-Unis ont retiré des soldats des abords de la frontière syro-turque, semblant donner le feu vert à l’assaut.

Un «coup de couteau dans le dos», ont accusé les FDS en appelant malgré tout les États-Unis à «fermer l’espace aérien face à l’aviation turque», principal atout dans l’offensive.