Monde
12:59 11 décembre 2019

France: concessions sur les retraites, opposition toujours virulente

France: concessions sur les retraites, opposition toujours virulente
Photo: Kiran Ridley/Getty ImagesManifestation contre la réforme des retraites le 10 décembre2 2019 à Paris.

Le gouvernement français a fait des concessions, mercredi, sur son projet contesté de système universel de retraites, mais sans réussir à apaiser des syndicats unanimes dans leur refus de cette réforme, après une semaine de grève qui paralyse largement les grandes villes.

«Le temps est venu de créer un système universel de retraite» a asséné le premier ministre Édouard Philippe, envoyant une fin de non recevoir aux manifestants qui réclament depuis le 5 décembre le retrait de cette réforme, promise par le président Emmanuel Macron avant son élection en 2017.

Face à cette nouvelle fronde sociale, le président français, qui a fait de la «transformation» du pays la raison d’être de son quinquennat, joue gros sur cette réforme.

Les détracteurs du projet comptent sur l’impopularité de M. Macron pour sortir victorieux du conflit et sur le contexte très tendu dans le pays, avec la mobilisation depuis plus d’un an du mouvement des «gilets jaunes», mais aussi des mécontentements exacerbés dans les hôpitaux, parmi les étudiants, les policiers…

«Le temps du système universel est venu. Celui des régimes spéciaux s’achève», a affirmé M. Philippe dans un long discours, en référence aux nombreux «régimes spéciaux» qui permettent actuellement à certaines professions en France de partir plus tôt en retraite, notamment les cheminots et les conducteurs du métro parisien.

La retraite est un sujet éminemment sensible en France, la population restant attachée à un des systèmes les plus avantageux au monde.

Les opposants les plus virulents espèrent faire durer le mouvement et mettre le pays à l’arrêt comme lors de la longue grève de décembre 1995.

«Nous mettrons fin aux régimes spéciaux», mais «progressivement, sans brutalité, avec respect», a dit Edouard Philippe.

Ainsi, la réforme ne s’appliquera qu’aux Français nés en 1975 et après, a-t-il concédé, annonçant également une série de mesures en direction des plus précaires, notamment l’instauration d’une retraite minimum garantie à 1000 euros (1500$) et la «sanctuarisation» du niveau de pension des enseignants, fervents opposants de la réforme.

Mais, a averti le chef du gouvernement, «la seule solution est de travailler un peu plus longtemps et progressivement, comme c’est le cas partout en Europe».

Ainsi, même si l’actuel âge légal de départ à la retraite reste fixé à 62 ans, la réforme «incitera» à travailler jusqu’à 64 ans, un âge «raisonnable», selon M. Philippe.

Les annonces gouvernementales ont suscité l’unanimité des syndicats contre elles, en particulier cette mesure de l’âge «d’équilibre»

La «ligne rouge» a été franchie, a réagi Laurent Berger, numéro un du premier syndicat de France, la CFDT, une organisation réformatrice avec laquelle le gouvernement pouvait espérer faire accepter sa réforme.

«Nous allons discuter, ma porte est ouverte, ma main est tendue», lui a répondu Édouard Philippe lors des questions des sénateurs au gouvernement.

Il s’agit également d’une ligne rouge pour l’UNSA, un des trois plus importants syndicats à la compagnie ferroviaire SNCF, dont le secrétaire général, Laurent Escure, a averti que la mobilisation pourrait «se globaliser».

Le premier ministre a estimé que «les garanties données aux populations les plus inquiètes justifient que le dialogue reprenne et que la grève qui pénalise des millions de Français s’arrête».

Mais les syndicats ne semblent pas prêts à cesser leur mouvement.

«Le gouvernement s’est moqué du monde», a vertement réagi Philippe Martinez, numéro un de la CGT, deuxième syndicat de France. Le syndicat FO appelle à «renforcer la mobilisation» et la FSU (premier syndicat chez les enseignants) assure que «le mécontentement et la détermination restent entiers».

Il n’y a guère que le président du Medef (patronat), Geoffroy Roux de Bézieux, pour trouver un «bon équilibre» dans les propositions d’Édouard Philippe.

La grève devrait donc se poursuivre, au grand dam des milieux du tourisme et du commerce, inquiets à l’approche des fêtes de fin d’année.