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10:36 5 février 2020 | mise à jour le: 5 février 2020 à 10:36 temps de lecture: 4 minutes

Syrie: Erdogan somme le régime de reculer dans le nord-ouest

Syrie: Erdogan somme le régime de reculer dans le nord-ouest
Photo: Leon Neal/Getty ImagesLe président turc, Recep Tayyip Erdogan

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a adressé mercredi un ultimatum au régime de Bachar al-Assad pour qu’il recule dans le nord-ouest de la Syrie, après des affrontements inédits qui suscitent des frictions entre Ankara et Moscou, parrain de Damas.

L’escalade entre la Turquie et le régime syrien après des échanges de tirs qui ont fait plus de 20 morts lundi risque de déstabiliser davantage la province d’Idleb, ultime grand bastion dominé par djihadistes et rebelles où la situation humanitaire est critique.

Le régime syrien, appuyé par l’aviation russe, a mis les bouchées doubles depuis décembre pour gagner du terrain à Idleb, allant jusqu’à encercler deux postes d’observation construits par Ankara dans le cadre d’un accord conclu en 2018 avec Moscou.

Mais les tensions sont montées d’un cran lundi lorsque l’artillerie du régime a visé des positions turques, faisant huit morts. Ankara a riposté par des bombardements, tuant au moins 13 soldats syriens.

«Deux de nos 12 postes d’observation se trouvent derrière les lignes du régime. Nous espérons que le régime se retirera au-delà de nos postes d’observation avant la fin du mois de février. Si le régime ne se retire pas, la Turquie sera dans l’obligation de s’en charger», a déclaré M. Erdogan lors d’un discours à Ankara.

Les postes d’observation en question sont situés à Morek et Sourman, au sud-est de la ville d’Idleb.

Le chef de l’État turc a indiqué avoir transmis ce message lors d’un entretien téléphonique mardi avec son homologue russe Vladimir Poutine.

«Plus comme avant»

M. Erdogan a aussi qualifié l’attaque du régime contre les forces turques de «tournant» dans le conflit en Syrie. «Nous ne laisserons pas les choses continuer comme avant là où le sang des militaires turcs a coulé», a-t-il dit.

«Nous riposterons sans aucun avertissement à toute nouvelle attaque contre nos militaires ou contre les combattants [rebelles syriens] avec lesquels nous coopérons», a prévenu le président turc.

À Damas, le ministère des Affaires étrangères a condamné les propos de M. Erdogan, les qualifiant de «tromperie et mensonges».

Malgré les mises en garde turcs, les forces du régime syrien poursuivaient leur progression mercredi dans le nord-ouest de la Syrie, où elles ont repris ces dernières 24h plus de 20 villages et localités aux rebelles et djihadistes dans le sud de la province d’Idleb, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) et l’agence officielle syrienne Sana.

Selon l’OSDH, des frappes aériennes russes ont par ailleurs tué trois membres d’une même famille à la lisière d’Idleb.

Dans la province voisine d’Alep, un civil a été tué par des obus tirés par les forces du régime dans la localité d’Anjara, selon la même source.

Le conflit en Syrie, qui a fait plus de 380 000 morts depuis 2011, a aussi jeté sur la route de l’exil plus de la moitié de la population d’avant-guerre – plus de 20 millions d’habitants.

Même si la Turquie soutient des groupes rebelles et la Russie le régime, les deux pays ont renforcé leur coopération sur ce dossier depuis 2016, s’imposant comme des acteurs majeurs en Syrie.

Ankara et Moscou ont notamment signé plusieurs accords censés faire taire les armes dans la province d’Idleb. Mais ces accords sont régulièrement violés, une situation que dénonce désormais ouvertement Ankara.

Tensions russo-turques

Depuis l’attaque du régime contre les forces turques lundi, M. Erdogan a plusieurs fois reproché à la Russie de ne pas faire assez pression sur le gouvernement de M. Assad.

Si l’affrontement turco-syrien a causé des turbulences dans les relations entre Ankara et Moscou, les analystes estiment que les deux pays, sauront éviter une crise ouverte.

«Les deux pays sauront différencier entre les tensions « ponctuelles » et le maintien de leur coopération dans des domaines-clé, notamment l’énergie et la défense», explique à l’AFP Jana Jabbour, spécialiste de la diplomatie turque à Sciences Po Paris.

Ankara redoute qu’une offensive de grande ampleur à Idleb déclenche une nouvelle vague migratoire vers la Turquie, pays où plus de 3,5 M de Syriens ont déjà trouvé refuge depuis le début du conflit.

Selon l’ONU, les combats dans le nord-ouest de la Syrie ont fait depuis décembre plus d’un demi-million de déplacés qui se sont dirigés pour la plupart vers la frontière turque.

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