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La santé, l’autre tragédie grecque

S’il y a une pilule dure à avaler pour les Grecs, c’est bien de ne pas pouvoir se payer leurs médicaments en ces temps d’austérité fiscale.

Depuis trois ans, les prescriptions de la «troïka» (Fonds monétaire international, Union européenne, Banque centrale européenne) font mal. Les dépenses publiques dans le domaine de la santé ont été réduites de 32 % et une nouvelle baisse de 10 % est prévue cette année.

Il n’est pas rare de lire ces mots à l’entrée des hôpitaux : «N’apportez pas de chocolats à vos proches, achetez-leur du papier de toilette.»

Les malades peinent à trouver des médicaments. C’est la pénurie. Les étagères des pharmacies sont souvent vides. Plus d’antibiotiques et d’antidépresseurs. Les anticancéreux et antidiabétiques se font rares. Trouver de l’aspirine est un véritable casse-tête. Au total, 300 médicaments sont désormais introuvables. À Athènes, 40 % de la population grecque, 120 pharmacies ont dû fermer boutique.

La Grèce importe presque tous ses médicaments, et les multinationales pharmaceutiques écoulent désormais au compte-gouttes leurs produits. Le pays est si endetté… Même les génériques sont trop chers. Ils sont prohibitifs pour les chômeurs (plus de 27 % de la population active) qui, un an après leur licenciement, perdent leur couverture sociale et doivent alors acquitter la totalité de leurs frais médicaux. Au total, 70 % des Grecs ne peuvent se payer les médicaments prescrits par leurs docteurs dont le salaire a été amputé de 40 %.

Des collectes hebdomadaires de médicaments ont été mises sur pied par la riche Église orthodoxe. C’est là un simple pansement sur une plaie béante.

La Grèce est menacée de «crise humanitaire», croit d’ailleurs l’ONG française Médecins du Monde, qui parle également d’explosion du sida due au prix élevé des préservatifs.

La semaine dernière encore, la Croix-Rouge suisse a annoncé qu’elle réduisait ses exportations de sang jusqu’en 2020, à cause d’arriérés de paiement.

Les Grecs paient avec leur santé les mesures d’austérité. Certains paient de leur vie le fait de ne pas pouvoir se procurer leurs médicaments.

On le voit, il vaut mieux ne pas tomber malade en Grèce. Demain, ce sera peut-être l’Espagne, le Portugal, l’Italie… À cause des remèdes de cheval contre la crise, toute l’Europe du Sud risque de vivre la tragédie grecque.

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