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La guerre des monnaies bat son plein

Photo: Getty

Shinzo Abe refuse de s’installer dans sa résidence officielle, hantée selon les rumeurs. S’il craint les fantômes, le premier ministre japonais n’a en tout cas pas froid aux yeux : il a déclaré la guerre, commerciale, au reste du monde.

Répétant à l’envi que le «Japon est de retour!», Abe, au pouvoir depuis décembre, mise sur la faiblesse du yen comme arme principale pour sortir son pays d’une vingtaine d’années de crise économique.

En six mois, la devise nipponne a chuté de plus de 20 % par rapport au dollar et à l’euro. Résultat : les exportations s’envolent. Celles de la Corée du Sud battent de l’aile, plombée par un won trop fort.

Abe semble se moquer des dommages collatéraux qu’un yen endémique fait subir aux autres exportateurs asiatiques. Chacun pour soi.

L’important est de rebondir économiquement.

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Oui, mais si tous les pays dévaluent à tout-va pour renouer avec l’emploi et la compétitivité, ce sera alors la guerre des monnaies. Comme dans les années 1930.

Les États-Unis se gardent bien de critiquer Tokyo. Depuis trois ans, ils font tourner à plein régime leur planche à billets pour affaiblir leur dollar (le Canada en sait quelque chose!) et augmenter ainsi leurs exportations.

La zone euro pourrait elle aussi entrer dans le bal. L’Allemagne, pour l’instant, retient ses partenaires, mais pour combien de temps encore?

Dans tous les cas, affaiblir sa devise pour redécoller économiquement est une fuite en avant. À l’instar de toute guerre, nul ne sait comment cela se termine. Dans un premier temps, c’est assurément une montée du protectionnisme et une hyper-inflation mondiale qui peuvent se dessiner à l’horizon. Le tout freinera une mondialisation à tout crin.

Pour l’heure, la Chine qui a détrôné en 2010 le Japon de son rang de deuxième puissance économique mondiale, est le seul pays à critiquer vertement Tokyo pour laisser filer son yen. Mais Pékin n’a de leçons à donner à personne. Il est passé maître dans la dévaluation artificielle de sa monnaie afin de rester le grand manufacturier de la planète.

Entre les deux pays, d’ailleurs, rien ne va plus. Les tensions ne cessent de croître à cause de contentieux territoriaux.

La Chine ne tient pas, à l’instar du Japon, à rester un nain politique. Contrairement à son ennemi d’hier, elle veut entrer dans la cour des grands et, surtout, éviter de sombrer dans un marasme économique qui menacerait sa paix sociale, même s’il faut pour cela participer à la guerre des devises.

C’est ce qui hante la communauté internationale.

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