Défoulements racistes
L’une a été qualifiée de «guenon», l’autre d’«orang-outan». La première est Française, la seconde Italienne. Les deux sont ministres. Les deux sont Noires.
«Un singe ça reste un animal, un Noir, c’est un être humain», devait préciser pour «s’excuser» Anne-Sophie Leclere, du Front national (FN), après ses propos injurieux à l’endroit de Christiane Taubira, la ministre de la Justice.
Elle a aussitôt été suspendue par son parti, peu connu pour avoir des atomes crochus avec les «blacks» et les «beurs» (Maghrébins nés en France).
De l’autre côté des Alpes, Cécile Kyenge, première Noire dans le gouvernement italien, se fait souvent dire «Retourne au Congo!», pays qu’elle a quitté il y a 30 ans.
Ministre de l’Intégration, elle est responsable des 5 millions d’étrangers en Italie qui, contrairement à la France, n’est pas un grand pays d’immigration.
Dans l’Hexagone, une terrible question est sur toutes les lèvres ces derniers jours : «Est-ce le retour de la France raciste?» La réponse est non. Le pays est sans doute le plus métissé d’Europe. Mais, la banalisation du discours raciste chez les élites politiques et intellectuelles gagne du terrain dans un pays où l’extrême droite n’est jamais trop loin. À gauche comme à droite, les partis cherchent à récupérer une frange de l’électorat du FN.
C’est sur la Toile que le défoulement raciste est grand. Ce n’est pas là une «exception française», même si Harry Roselmack, l’un des premiers «speakers» noirs à présenter le téléjournal, croit fermement au «retour de la France raciste». Avec «l’affaire Taubira», il estime même être «ramené» à sa «condition de nègre». Durs, durs sont les mots.
Il y a certes une tentation de repli identitaire en France, comme d’ailleurs un peu partout sur le Vieux Continent. Avec la crise économique actuelle, une France «black-blanc-beur» est pour certains une insulte, mais dire que le racisme n’a jamais disparu est exagéré.
La France, malgré quelques hauts cris xénophobes et racistes, reste le premier pays européen en matière de mariages et d’unions mixtes.
Dans tous les cas, aucun pays n’a le monopole du racisme. En Italie, les déclarations outrancières, les «blagues» et stéréotypes font partie du paysage politique. Cécile Kyenge n’est pas au bout de ses peines. Mais l’Italie, aux prises avec un flot permanent de stranieri (étrangers), a régularisé 350 000 clandestins l’an dernier alors que l’Europe ferme ses frontières aux flux migratoires.
En Italie, en France et partout ailleurs, il y aura toujours certaines voix en politique, dans la rue et dans le cyberespace qui reprendront les mots du Douanier, de Fernand Raynaud.
Que disait l’humoriste? «J’aime pas les étrangers, ils viennent manger l’pain des Français… Ouais!»