Berlin consent à faire un effort de guerre contre État islamique
La chancelière allemande, Angela Merkel, a appuyé hier l’entrée en guerre de son pays contre le groupe État islamique (EI) en Syrie. Le pays déploiera des avions de reconnaissance Tornado, un navire de guerre, des ravitailleurs et jusqu’à 1 200 soldats dans la région.
Mme Merkel avait promis, à la suite des attentats de Paris, de soutenir les opérations de la France contre EI, sans s’engager à mener des bombardements. Ivan Katchanovski, politologue à l’Université d’Ottawa, a expliqué à Métro l’impact qu’aura le nouvel effort consenti par l’Allemagne contre EI.
Pourquoi Berlin est-il entré en guerre, selon vous?
C’est une réponse aux attentats de Paris revendiqués par État islamique. Mais l’Allemagne veut aussi jouer un rôle plus important sur la scène internationale. Et puis, l’afflux de réfugiés en Europe, dont une grande partie vient de Syrie, a sans doute contribué à l’engagement militaire de Berlin.
Est-ce que l’Allemagne peut faire une différence?
Le déploiement annoncé est plutôt limité. Le plan ne prévoit ni troupes au sol ni implication directe dans les combats aériens. L’engagement allemand peut donc avoir un certain effet, mais il ne suffira sans doute pas à vaincre EI. Mais une fois entré en guerre, nul pays ne sait combien de temps il y restera ni comment il en sortira…
«L’implication militaire de l’Allemagne augmente le risque, pour ce pays, d’être frappé par un attentat.» -Ivan Katchanovski, politologue à l’Université d’Ottawa, expliquant que l’entrée en guerre de Berlin pose un danger pour ses ressortissants, à l’étranger comme à l’intérieur du pays
Pourquoi ç’a été aussi long avant que l’Allemagne se joigne à la coalition?
Toutes les interventions militaires entreprises par Berlin depuis la fin de la Guerre froide ont brisé un tabou datant de la Deuxième guerre mondiale, celui de l’engagement de l’Allemagne dans des interventions militaires à l’étranger. Certaines réserves continuent d’exister à ce chapitre en raison du rôle joué par le pays pendant le conflit. Berlin s’est opposé à l’invasion américaine de l’Irak en 2003 et n’a pas participé à la campagne aérienne en Libye en 2011. Un récent sondage mené par YouGov/dpa a montré que 39 % des Allemands étaient opposés à l’engagement militaire de leur pays contre État islamique, alors que 45 % étaient en faveur de faire campagne en Irak et en Syrie. Quelque 71 % des Allemands croient par ailleurs qu’un engagement militaire contre EI augmenterait les chances que leur pays soit ciblé par des attentats.
Est-ce que ce risque est réel, selon vous?
Le ministère allemand de l’Intérieur estime que 760 Allemands sont partis rejoindre les rangs d’EI, et que 200 d’entre eux sont revenus au pays.