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«Le Front national est plus fort que jamais»

Photo: Patrick Aventurier/Getty
Dmitry Belyaev - Metro World News

Le Front national (FN) a échoué dans sa tentative de s’emparer d’une région au second tour des élections régionales françaises, dimanche. Le parti d’extrême droite a été relégué en troisième place, en récoltant 27, 1 %, alors qu’il s’était hissé en tête du premier tour.

Marine Le Pen, la présidente du FN, a condamné la «collusion» de ses opposants, promettant de continuer la lutte en vue des présidentielles de 2017. Métro s’est entretenu avec Cécile Alduy, spécialiste de la politique française à l’Université Stanford, aux États-Unis, pour analyser les résultats.

Comment expliquez-vous la défaite du FN?
Le second tour a vu quatre millions d’électeurs supplémentaires aller aux urnes pour bloquer le Front national. Dans un système électoral à deux tours, un parti a besoin de bâtir une coalition pour l’emporter. Le FN a refusé de jouer ce jeu – parce qu’aucun parti ne veut s’associer à lui en raison de la nature extrémiste de sa plate-forme.

Qu’est-ce que ce scrutin signifie pour la France?
C’est un signal d’alarme : le FN est arrivé en tête du premier tour, avec 28 % des votes. C’est énorme. Et au second tour, même s’ils ont perdu, ils ont rallié 800 000 électeurs de plus qu’au premier. Chaque parti devra revoir sa stratégie politique et essayer de comprendre comment il peut convaincre les électeurs du FN et comment mobiliser sa propre base de militants.

Est-ce que la France aurait changé si le FN avait remporté une région?
Le FN aurait obtenu, pour la première fois de son histoire, un pouvoir exécutif à grande échelle, certaines régions comptant plus de six millions d’habitants en France. Les subventions venant en aide à la planification familiale ou à l’accueil des réfugiés auraient aussi été annulées. Plusieurs craignaient également que le discours xénophobe du Front national n’ait plus connu aucune censure.

«La victoire du FN aurait eu une grande portée symbolique sur le plan social.» -Cécile Alduy, spécialiste de la politique française à l’Université Stanford

Ces élections sont-elles importantes, à l’échelle internationale?
Le FN est souvent perçu comme l’incarnation de la montée de l’extrême droite en Europe et du sentiment anti-immigrant dans le monde. La victoire aurait signifié un changement important de l’opinion publique en faveur de l’extrême droite. Pour Marine Le Pen, la victoire du FN aurait pu se transformer en première étape dans sa conquête de la présidence en 2017. Or, si elle gagne cette élection, la France quitterait l’Union européenne, elle quittera aussi l’OTAN, et cela aura une incidence importante sur la scène internationale – ce qui inclut aussi le risque de déclencher une crise monétaire.

La défaite constitue donc un revers majeur pour les ambitions personnelles de Mme Le Pen?
Oui, ça ne fait aucun doute. Elle comptait sur une victoire pour lancer sa campagne présidentielle en bonne posture. Maintenant, elle doit faire face à des partisans démotivés et elle doit passer par une période de guérison. Mais cela n’en demeure pas moins une victoire majeure pour le parti, parce qu’il a réussi à rallier 6,8 millions d’électeurs, soit le plus grand nombre de son histoire. Le Front national n’a donc jamais été aussi fort.

Quelle sera la suite des choses sur la scène politique française?
La campagne présidentielle aura lieu en 2017, et les partis dits traditionnels devront faire un profond examen de conscience s’ils veulent espérer atteindre le second tour de ce vote. Le défi, pour les socialistes et les républicains, sera de convaincre l’électorat qu’ils peuvent incarner et mettre en œuvre le changement qu’il demande. C’est leur dernière chance. S’ils en sont incapables, alors le FN gagnera.

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