Nouvelles normes nord-américaines sur les émissions automobiles: Troquer les litres contre les grammes
Ce n’était pas un poisson d’avril. Au début du mois, le président des États-Unis, Barack Obama, a réellement annoncé un resserrement des normes sur les émissions polluantes automobiles. Le Canada a affirmé qu’il suivrait, en bon voisin harmonieux qu’il est. Et le Québec, qui en adoptait décembre une réglementation encore plus sévère, a crié victoire.
Vrai que la décision est historique. Après les mandats, élusifs sur ce point, de Bush, l’Amérique du Nord commence enfin à serrer la vis, automobilement parlant. D’ici 2016, veut veut pas, nos véhicules devront émettre 25 % moins de CO2 – voire presque 40 % moins chez nos voisins du sud, qui roulent pas mal plus gros que nous.
C’est la Californie qui a montré l’exemple en réduisant les émissions automobiles de gaz à effet de serre (GES). Dans l’ensemble, les nouvelles normes continentales reprennent ce qu’elle a mis en place – et ce pour quoi elle s’est battue jusqu’en Cour suprême. Seule différence majeure: la Californie impose des seuils intermédiaires (année après année) plus agressifs. Quand même, l’ultime seuil nord-américain de 2016 recoupe le sien: un max de 250 g CO2/mile (155 g/km).
Il faudra vite s’y faire, à ces histoires de grammes de CO2 par mile ou kilomètre. Jusqu’à présent, on parlait de consommation de carburant, à grands coups de litres aux 100 km et de «mpg», mais il faudra désormais parler d’émissions de GES, comme ils le font déjà en Europe. D’ailleurs, là-bas, la réglementation est plus stricte : le seuil pour 2016 est fixé à 130 g/km pour les voitures. En ce moment, à peu près seules les voitures hybrides parviennent à le respecter.
Selon les nouvelles normes nord-américaines, nos véhicules devront émettre au plus 153 g/km d’ici 2016. D’ici là, l’étau se resserrera par l’adoption de seuils intermédiaires (voir notre tableau), ce qui forcera la démocratisation des technologies vertes. On pense au «stop and go» (qui éteint le moteur aux arrêts), à l’injection directe et aux turbos, aux directions électriques, aux transmissions à variation continue, voire aux systèmes hybrides et autres propulsions électriques. On assistera aussi à une vague de motorisation diesel qui, pour la même quantité de carburant, permet de rouler jusqu’à 40 % plus loin que les moteurs à essence.
Sauver une année de carburant… ou presque
Ce 153 g/km imposé pour 2016, qui représente l’équivalent d’une consommation de 6,5 L/ 100 km, est une amélioration de 25 % par rapport à ce que les véhicules neufs consomment actuellement au Canada. En 2008 (donnée la plus récente), les automobiles neuves vendues au Canada consommaient en moyenne 7,1 L/100 km, et les camions légers, 9,5 L/100 km.
Environnement Canada soutient qu’en forçant une réduction des GES automobiles, donc de la consommation, c’est 28 milliards de litres de carburant qui seront épargnés d’ici 2016. C’est majeur: cela représente environ les trois quarts de ce que les Canadiens se procurent à la pompe chaque année…
Le Québec persiste…mais donne le choix
Dans un coup d’éclat qui a eu des résonances jusqu’à Ottawa, Québec a annoncé en décembre qu’il s’alignerait sur les normes californiennes. Au passage, on a senti le pied de nez fait au gouvernement fédéral… Le règlement québécois, en vigueur depuis le 14 janvier, impose pour cette année-modèle 2010 un seuil de 187 g/km (8,2 L/100 km). C’est un premier effort de réduction des émissions automobiles de GES de 7 %. Par la suite, le seuil québécois imposé pour 2016, à 153 g/km, s’apparentera au seuil continental.
Après l’annonce américano-canadienne du 1er avril dernier, la ministre du Développement durable et de l’Environnement, Line Beauchamp, a soutenu que le Québec maintenait sa propre réglementation – après tout, celle du Canada n’en est qu’au stade de projet, alors que la sienne est déjà en vigueur.
La Belle Province entend néanmoins se rallier aux nouvelles normes. Ainsi, selon l’attaché de presse de la ministre, Dave Leclerc, les constructeurs auront le choix de se conformer à l’une (québécoise) ou à l’autre (fédérale) des réglementations.
Mark Nantais, président de l’Association canadienne des constructeurs de véhicules (ACCV), se dit soulagé, mais il souhaite quand même que le Québec retire sa réglementation, au lieu de jouer sur deux tableaux. «Entretenir deux réglementations qui parviendront au même point en 2016, c’est inutilement complexe et ça ne fait pas de sens», conclut-il.
Normes canadiennes projetées Équivalent en
(alignées sur les normes américaines) consommation/carburant
2011 190 g/km 8,1 L/100 km
2012 184 g/km 7,8 L/100 km
2013 179 g/km 7,6 L/100 km
2014 173 g/km 7,3 L/100 km
2015 165 g/km 7,0 L/100 km
2016 153 g/km 6,5 L/100 km