Les conducteurs québécois insouciants
Le bilan routier de la période des Fêtes a été particulièrement tragique cette année. Pas moins de 22 personnes ont perdu la vie sur les routes de la province entre le 23 décembre et le 3 janvier, soit trois fois plus qu’en 2010. Le pilote professionnel et instructeur de conduite Richard Spénard s’explique mal une telle hécatombe. Il a toutefois une bonne idée de ce qui pourrait être fait pour améliorer la situation. Métro l’a rencontré dans un stationnement glacé de l’île Sainte-Hélène.
Quel est le principal défaut des conducteurs québécois pendant la période hivernale?
Les gens n’adaptent pas leur conduite aux conditions. Les conducteurs manquent d’expérience et d’attention. Il s’ajoute à ça un peu de négligence et d’inconscience. Les gens ont souvent de la difficulté à anticiper les changements au niveau des conditions routières. Par exemple, ils devraient savoir que si l’autoroute avant un viaduc est enneigée, le viaduc risque fort d’être glacé. Il faut donc ralentir avant d’atteindre le viaduc pour éviter toute forme de dérapage.
Êtes-vous en faveur des cours de conduite obligatoires en période hivernale?
Les gens peuvent apprendre en conduisant, en développant des trucs, mais il n’y a rien de mieux que de cours de conduite avancés pour éduquer les conducteurs à la conduite hivernale. Ça serait bien de rendre ces cours obligatoires pour tout le monde, mais je ne crois pas que ça se fera parce qu’il faudrait que le gouvernement s’implique et légifère. C’est déplorable de voir que les gens ne sont pas intéressés à suivre ces cours. Pourtant, ils prennent des cours de golf, des cours de tennis, des cours de ski, mais quand le moment vient de s’éduquer au niveau de la conduite, les gens ne le font pas. Il y a au moins trois écoles dans la région de Montréal qui offrent des cours de conduite dans des conditions hivernales, mais toutes ont de la difficulté à attirer des clients.
Comment qualifieriez-vous les conducteurs québécois? Sont-ils plutôt téméraires ou nerveux?
Les gens sont un peu innocents quand vient le temps de conduire. Ils pensent qu’ils vont se débrouiller. Peu importe l’attitude adoptée, l’adaptation doit être la même. Ce que les gens doivent faire lorsqu’ils conduisent, c’est réfléchir. Un téméraire va être d’autant plus dangereux sur la route, mais il peut aussi être talentueux. Ça ne veut pas dire qu’il ne se plantera, mais il ne se plantera pas nécessairement plus que les autres. La personne qui est plus nerveuse, elle, va aller moins rapidement, mais elle peut faire des erreurs parce qu’elle est tendue.
Trouvez-vous que les jeunes conducteurs se débrouillent bien sur les routes?
Il y a énormément de travail à faire avec les adolescents. Il leur faut plus de formation et plus d’éducation. Les adolescents jouent beaucoup à des jeux vidéos, mais lorsqu’ils arrivent derrière le volant de la voiture de leur parent, ils n’ont pas les notions ou l’expérience nécessaires pour la maîtriser. Les jeux vidéos, c’est bien beau, mais ça n’aide pas à aiguiser ses réflexes ou à bien ressentir la voiture.
Quels conseils donneriez-vous aux conducteurs québécois?
Il faut avoir de bons pneus. Il faut aussi tenir son volant à deux mains. Si on tient son volant à une seule main, on n’a aucune chance de corriger la trajectoire de la voiture si elle se met à déraper. En tenant leur volant à une main, les conducteurs se mettent à la merci de l’inertie de leur voiture. Il faut aussi s’éduquer. Bien des gens me demandent comment ils peuvent corriger un dérapage. Il est faux de penser qu’on devrait apprendre à corriger un dérapage, il faut apprendre à l’éviter.