L’IRIS met en garde contre le privé dans les transports en commun
Un recours accru au secteur privé pour exploiter des services de transport en commun pourrait se traduire par davantage d’annulations, une satisfaction des usagers en baisse et une pression accrue sur l’entretien du matériel roulant, prévient l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) dans une étude publiée jeudi. L’organisme soutient que la privatisation comporte des risques concrets alors que le recours au privé a causé des conflits de travail au sein de plusieurs transporteurs, notamment à Montréal et à Québec.
L’étude de l’IRIS s’inscrit dans la foulée d’un audit de performance publié en novembre 2024 par Raymond Chabot Grant Thornton (RCGT). La firme avait été mandatée pour «brosser le portrait financier et opérationnel» des organismes de transport collectif au Québec et proposer des recommandations pour améliorer leur performance.
La performance étant ici définie principalement par le coût par kilomètre parcouru.
Une des recommandations phares de l’audit de RCGT consiste à accroître les responsabilités du secteur privé pour diminuer les coûts d’exploitation.
Des coûts plus bas… mais un service moins fiable?
Selon l’IRIS, cette notion de performance a été définie de manière trop étroite. Selon l’organisme, l’audit de RCGT ne documente pas adéquatement la qualité du service (fiabilité, bris de service, plaintes, satisfaction).
«Afin de bien juger des mérites de la recommandation […] il convient de recourir à des indicateurs de qualité du service», écrit l’IRIS, qui avertit qu’une réforme guidée principalement par la réduction des coûts pourrait «dégrader le transport en commun» et, à terme, «diminuer son usage et son accessibilité».
Parmi les réseaux pour lesquels des données jugées détaillées et fiables étaient disponibles (exo, STM et STL), l’IRIS observe que le réseau exo, qui sous-traite l’entièreté de ses services d’autobus à des transporteurs privés, affiche le taux moyen de bris de service le plus élevé entre 2022 et 2024. À 1,1%, c’est environ deux fois plus que la STM et près de trois fois plus que la STL, selon l’étude.
L’IRIS relie notamment une partie de ces annulations à des enjeux de main-d’œuvre: l’étude souligne un écart salarial d’environ 30% entre le privé et le public (sans compter les avantages sociaux). Ceci pourrait nuire à l’attraction et à la rétention du personnel chez les transporteurs privés.
L’IRIS a aussi mesuré le ratio de plaintes par 100 000 embarquements. L’IRIS affirme que les ratios les plus élevés sont observés chez exo et la Société de transport de Lévis, deux réseaux où une part importante du service est sous-traitée.
L’étude nuance toutefois en notant que la sous-traitance n’entraîne pas automatiquement une baisse de qualité: à Sherbrooke, où une portion du service est impartie, l’IRIS rapporte un faible nombre de bris pour le sous-traitant sur la période 2022-2024.
Leçons internationales et enjeux d’entretien
L’IRIS rappelle aussi que la privatisation peut engendrer des «coûts d’agence» difficiles à capter dans un portrait strictement financier: surveillance contractuelle, reddition de comptes, risques de bris, retards et baisse de sécurité. L’étude cite le cas d’Istanbul, où le coût kilométrique du service public serait plus élevé, mais où les transporteurs privés présenteraient des taux de bris plus importants et une satisfaction inférieure.
Au-delà de l’exploitation quotidienne, l’IRIS attire l’attention sur l’entretien et la maintenance — une dimension «invisible» pour le public, mais centrale pour la fiabilité du réseau. L’étude rappelle que RCGT recommande aussi d’accroître la sous-traitance dans l’entretien. Or, l’IRIS met en relief la valeur économique de l’expertise interne, notamment la remise à neuf de pièces, qui peut réduire les achats à neuf et protéger les sociétés contre la hausse des prix et les tensions d’approvisionnement.
L’étude de l’IRIS arrive alors que la question du privé a marqué les négociations pour le renouvellement des conventions collectives au sein des principaux transporteurs de Montréal et Québec, soit la Société de transport de Montréal (STM) et le Réseau de transport de la capitale (RTC).
La STM souhaite sous-traiter une partie des tâches d’entretien, comme la fabrication de certaines pièces. Le transporteur espère ainsi gagner en rapidité. Le syndicat s’y oppose et a lancé plusieurs moyens de pression.
Du côté du RTC, le transporteur a mis fin à un conflit de travail en reculant sur le recours à la sous-traitance pour l’entretien. Le syndicat a accepté d’offrir une plus grande marge de manoeuvre à l’employeur pour l’organisation du travail. En retour, le contrat pour l’entretien des Flexibus ne sera pas renouvelé et l’entretien de ces véhicules sera à nouveau confié à l’interne.
En somme, conclut l’IRIS, la recherche d’économies par la sous-traitance — si elle n’intègre pas des indicateurs robustes de qualité — risque de remplacer une crise financière par une crise de fiabilité et de confiance envers le transport collectif.
Au moment d’écrire ces lignes, la STM n’a pas réagit au rapport de l’IRIS. La CSN, qui chapeaute le syndicat de l’entretien de la STM, tiendra un point de presse vendredi.
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