Polossifakis en argent, Page en bronze en escrime
SCARBOROUGH, Ont. – Les escrimeurs québécois Joseph Polossifakis et Gabriella Page ont manqué de concentration lors des rondes éliminatoires lundi soir aux Jeux panaméricains, et ça leur a coûté très cher.
Polossifakis et Page ont décroché les médailles d’argent et de bronze dans leur épreuve respective au sabre individuel.
Le Montréalais s’est incliné 15-9 en finale devant l’Américain de 19 ans Eli Dershwitz. Le représentant de l’unifolié a indiqué avoir été déconcentré par une décision serrée de l’arbitre qui a finalement été en faveur de Dershwitz, portant à ce moment le score à 8-10. Polossifakis n’a jamais pu revenir dans la rencontre par la suite.
«(À 8-10), j’ai demandé la reprise vidéo, parce que je voyais que le premier arbitre n’était pas d’accord avec ce que le deuxième disait, mais l’autre ne voulait pas changer d’avis. Donc ça m’a frustré un petit peu», a-t-il admis.
«Mais ce n’est pas une excuse. J’ai perdu ma concentration un petit peu vers la fin — j’étais un petit peu fatigué — et je n’ai pas réussi à m’adapter tactiquement à ça, a ajouté Polossifakis. J’allais trop vite, je m’engageais un peu trop vite, donc ç’a été une mauvaise gestion de match.»
Le Québécois tentait de succéder à son compatriote et bon ami Philippe Beaudry, médaillé d’or aux Jeux panaméricains de 2007 et 2011 au sabre dans l’épreuve individuelle. Beaudry a dû faire une croix sur sa participation aux Jeux panaméricains en raison d’une sérieuse blessure à une cheville qui tarde à guérir.
Chez les dames, Page, de Blainville, a admis être tombée dans le même piège que Polossifakis.
La Québécoise âgée de 20 ans a été arrêtée en demi-finale par l’Américaine Dagmara Wozniak, une escrimeuse qui a participé aux Jeux de Londres en 2012 et qui a triomphé lors de l’épreuve par équipes au sabre aux Jeux panaméricains de Guadalajara en 2011. Page s’est inclinée 15-13, mais en vertu des règlements panaméricains elle a décroché la troisième place — tout comme la perdante de l’autre demi-finale.
«Wozniak est parmi les 16 meilleures au monde, donc je suis contente, j’ai bien tiré, je ne lui ai pas donné le match, a confié Page. Mais je pense que j’ai perdu ma concentration à 11-9, c’est malheureux.
«Je me suis dit: ‘Oh mon Dieu, je suis en train de battre une fille parmi les 16 meilleures au monde!’, a-t-elle raconté. Et c’est là que j’ai craqué. Je vais tirer une leçon de ce match-là, et c’est de toujours rester concentrée.»
Wozniak a décroché la médaille d’or, devant la Vénézuélienne Alejandra Benitez.
Polossifakis et Page font partie d’une impressionnante cohorte d’escrimeurs québécois aux Jeux panaméricains. Hugues Boisvert-Simard, de Québec, Pamela Brind’Amour, de Sainte-Martine, de même que les Montréalais Malika Hope, Jean Lelion et Maximilien Van Haaster entameront leurs activités plus tard cette semaine.
Polossifakis, le boxeur?
Même si ce n’était pas le résultat espéré, cette médaille d’argent a permis à Polossifakis de tourner la page sur une année assez difficile.
«J’ai souffert d’un paquet de problèmes de santé — une commotion cérébrale, des maux de dos et un ulcère une semaine avant la première compétition de qualifications pour les Jeux panaméricains en avril —, et encore aujourd’hui je prends des médicaments pour traiter une vieille déchirure à la cheville, a-t-il énuméré. Au moins, j’ai connu trois bonnes performances pour terminer l’année.»
Un incident anodin a d’ailleurs failli faire dérailler sa carrière l’été dernier, lors d’un camp d’entraînement de l’équipe nationale d’escrime. Polossifakis et ses coéquipiers se trouvaient dans un gymnase et effectuaient divers exercices de boxe pour développer leur coordination, leurs réflexes ainsi que leur endurance lorsque l’entraîneur en charge de l’activité leur a demandé s’ils voulaient s’affronter dans l’arène en faisant du ‘sparring’.
«Nous avions de gros gants rembourrés, mais pas de casque. J’ai trouvé ça bizarre, a raconté l’escrimeur de 24 ans. Et à un moment donné, je me suis fait pincer sur le côté de la tête. J’ai tout de suite su que quelque chose clochait.»
Polossifakis a indiqué avoir souffert des symptômes classiques d’une commotion cérébrale, c’est-à-dire de l’intolérance à la lumière, des maux de tête et de la difficulté à fournir un effort physique soutenu. «Une année cauchemardesque», résume-t-il.
Il a repris l’entraînement en janvier dernier et a participé à quelques compétitions afin d’assurer sa qualification pour les Jeux panaméricains et se placer en bonne position pour les Jeux olympiques de Rio en 2016. Sauf qu’en cours de route, les symptômes de sa commotion sont revenus, l’empêchant de poursuivre sa rééducation.
«Je dois reconnaître que ma carrière de boxeur est terminée, avec une fiche de 0-1 et un K.-O. contre moi», a conclu à la blague Polossifakis.