Photoreportage: Haïti un an plus tard…
Un an après le tremblement de terre qui a dévasté Haïti, malgré les milliards de dollars promis en aide internationale, les progrès sur le terrain se font attendre. Port-au-Prince est toujours en ruine. Plus d’un million de sinistrés vivent toujours entassés dans les camps temporaires, qui prennent des allures de permanence: les draps qui protégeaient les gens au cours des premiers jours ont été remplacés par des tentes.
La reconstruction n’est à toute fin pratique pas commencée. On tarde encore à nettoyer les 20 millions de m3 de décombres (soit près de 6 700 piscines olympiques!). Mais la vie a repris son cours au milieu des ruines. Plusieurs commerçants prennent chaque jour les rues d’assaut avec leurs échoppes.
Dans les camps, la frustration se fait sentir. Les sinistrés se sentent oubliés et trahis par le gouvernement et par les organisations non gouvernementales (ONG). «Le gouvernement n’a rien fait depuis le séisme. Les ONG ne font rien pour nous. Elles ne font que garder l’argent», lance Branched’Or Grégory, un résidant du camp Cahémaga, près de l’aéroport. Ce sentiment est partagé par plusieurs sinistrés, qui se sentent laissés à eux-mêmes.
La tâche est énorme. Le tremblement de terre a littéralement détruit la capitale et plusieurs autres villes du pays. Tout est à refaire. Le registre des titres de propriété est totalement dysfonctionnel, ce qui complique grandement la reconstruction. La faiblesse du gouÂvernement et la crise politique qui s’enlise ne sont rien pour arranger les choses.
L’épidémie de choléra, qui a déjà tué plus de 3 300 personnes, rôde toujours. Le problème semble se stabiliser à Port-au-Prince, mais il est trop tôt pour crier victoire. «La situation s’améliore, mais nous restons très prudents, il peut toujours y avoir des pics», raconte Jean-Marc Jacobs, de Médecins Sans Frontières, dans un camp de traitement du choléra de la capitale. L’organisme traite plus de 2 000 cas par semaine à Port-au-Prince seulement.
Fedlyne, qui vit sur la place du Champ de Mars depuis le 12 janvier raconte que le séisme lui a pris son mari, sa maison, ainsi que ses moyens de subsistance. «Mon mari travaillait à l’autorité portuaire nationale, j’avais un commerce qui allait bien, mais j’ai tout perdu. Je ne peux plus faire de commerce.» Comme la plupart des gens des camps, elle veut du travail.
«Il n’y a pas de travail pour les gens. Si le choléra ne nous tue pas, ce sera la faim et la misère. Nous voulons travailler et reconstruire notre pays et pouvoir nourrir nos enfants, affirme Branched’Or Grégory. Nous avons les bras et les cerveaux pour le faire. Nous sommes un peuple courageux.»
Les Haïtiens auront bien besoin de leur courage pour affronter les années à venir.