Soutenez

Vive le «printemps arabe», mais…

Franklin Dela­no Roosevelt avait eu ces mots en parlant d’Anastasio Somoza, le dictateur nicaraguayen qui servit si bien les intérêts de Washington pendant 20 ans : «C’est un fils de pute, mais c’est notre fils de pute!» Barack Obama est beaucoup plus poli quand il pense à Hosni Moubarak, prié de faire ses valises après avoir été couvert de pétales de rose pendant 30 ans.

Il y a encore 15 jours, le président égyptien était con­sidéré comme le plus grand allié arabe des États-Unis. Contre vents et marées n’a-t-il pas soutenu le traité de paix avec Israël? Et sa lutte de tous les jours contre l’islamisme? Et son soutien indéfectible aux guerres d’Irak et d’Afghanistan?

Mais que doit faire Washington, quand on se veut l’«Empire de la liberté» dans le monde, au moment où tout un peuple descend dans la rue pour réclamer plus de démocratie? Quand les intérêts vitaux d’un pays, peu importe lequel, sont en jeu, il faut trouver le moyen de changer son fusil d’épaule. Obama n’avait pas d’autre choix. La politique est tout sauf le royaume des bons sentiments.

À reculons au début, à marche forcée ensuite, le «fidèle» allié américain a fini par lâcher Moubarak, dont le régime a reçu au fil des ans une soixantaine de milliards en aide, surtout militaire. Les autres «amis arabes» de la région s’interrogent : boukra, demain en arabe, ce sera sûrement notre tour. En Israël, l’inquiétude est palpable, pour d’autres raisons.

«Je crois vraiment que les États-Unis ont fait une grave erreur avec Moubarak. Ils l’ont poignardé dans le dos», souligne le journaliste du quotidien Haaretz (centre-gauche) Avi Isaacharoff dans un échange de courriels. À quoi peuvent bien servir les grands discours sur la démocratie, dit-on en Israël, si les intégristes religieux finissent par l’emporter par la voie des urnes, comme ce fut le cas en Iran et à Gaza?

En Égypte, l’armée a dans sa mire les Frères musulmans qui, pour l’instant, se font tout petits. Mais si la marche vers la démocratie égyptienne devait se solder par leur victoire, comment réagirait Washington? Si Jimmy Carter est passé à l’histoire pour avoir «perdu» l’Iran en 1979, il est trop tôt pour tirer une quelconque conclusion sur la stratégie de Barack Obama à l’égard du bourbier égyptien.

Quoi qu’il arrive, il faut toujours s’assurer d’avoir du pétrole en continu, de couper l’herbe sous le pied des islamistes de tout poil et de maintenir la sécurité d’Israël. Dans tous les cas, le «printemps arabe» ne doit pas faire éclore des régimes n’ayant pas à cÅ“ur les intérêts de Washington. Sinon…

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.