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Bienvenido en Estados Unidos de America

Samuel P. Huntington avait mis en garde les Américains : la montée cons­tante des Latinos aux États-Unis menace de diviser la plus grande puissance planétaire en «deux peuples, deux cultures et deux lan­gues». Mort il y a trois ans, l’auteur du Choc des civilisations n’a pu prendre connaissance du recensement 2010, publié jeudi. Les hispaniques ont dépassé les 50 millions.

Désormais plus nombreux que les Afro-Américains, ils représentent un Américain sur six. En 10 ans, leur nombre a augmenté de 43 %. La Californie, le Texas et l’Arizona, autrefois mexicains, auront bientôt des majorités hispaniques. La revanche des Latinos n’est plus une chimère.

L’anglais, hégémonique sur la planète mondialisée, est-il menacé par l’espagnol aux États-Unis, une des na­tions au monde les moins bilingues? Contrairement à toutes les autres minorités, les Latinos (60 % sont d’origine mexicaine) ne renoncent pas facilement à leur langue.

Même si après trois générations l’anglais prime à la maison, l’espagnol reste une langue «vivante» grâce aux flux continuels d’immigrants, légaux ou illégaux, hispaniques. C’est d’ailleurs ce qui inquiète la majorité anglo-saxonne. Étrangement, l’anglais n’est pas la langue officielle des États-Unis, même si elle est celle d’une cinquantaine d’États dans le monde. Elle ne l’est que pour le gouvernement fédéral.

La «latinisation» de la société américaine a poussé ces dernières années une trentaine d’États de l’Union à voter des lois faisant de l’anglais leur «langue officielle». Nul doute qu’avec les résultats du dernier recensement, d’autres suivront, surtout dans le Midwest et le Nord-Est, où la population hispanique grimpe aussi en flèche.

La grande majorité des Américains «de souche» croient, comme Theodore Roosevelt, leur premier président du XXe siècle, qu’il n’y a de place que «pour une seule langue ici, et c’est l’anglais». Mais, si les gringos s’inquiètent pour leur langue, leurs compatriotes latinos craignent, eux, le métissage de la leur.

À défaut de rejoindre le cimetière linguistique au nom du melting-pot américain, la langue de Cervantès est en train de se mélanger avec celle de Shakespeare pour donner le «spanglish». C’est la langue des jeunes Latinos qui forment désormais près du quart des Américains de moins de 18 ans.

Après le Mexique, et bien avant l’Espagne et la Colombie, les États-Unis sont le deuxième pays de langue espagnole au monde. D’une manière ou d’une autre, cela va finir par peser sur l’avenir des États-Unis, au grand dam de Huntington. Bienvenido en Estados Unidos de America.

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