Le grand responsable du gaspillage alimentaire: le consommateur
Des champs agricoles, en passant par les usines de transformation et les épiceries jusqu’à la table à manger des consommateurs, environ la moitié des denrées alimentaires se retrouvent à la poubelle, estime l’agroéconomiste de l’Université McGill, Pascal Thériault à partir des études de Statistique Canada. Le grand responsable de ce gaspillage alimentaire, selon lui : le consommateur.
Sommes-nous conscients de l’ampleur du gaspillage alimentaire?
Nous n’avons pas l’impression de gaspiller beaucoup, mais lorsqu’on considère l’ensemble de la chaîne alimentaire, on se rend compte qu’il y a beaucoup de gaspillage. Au final, c’est le consommateur qui en est responsable. Des producteurs maraîchers me disaient qu’il y a une quantité effarante de carottes qui sont remises à la terre parce qu’elles sont croches. Elles ne se rendront jamais à l’épicerie, me disaient-ils. Personne ne les achètera et elles ne valent pas assez cher pour que le producÂteur les prenne et aille les porter ailleurs. Et pour les banques alimentaires, faire plusieurs entreprises maraîchères, ce n’est pas évident parce qu’il y a des coûts. Tout cela parce que le consommateur veut des carottes qui sont droites et des pommes qui ne sont pas meurtries. C’est toujours la quête de l’aliment parfait.
Les consommateurs recherchent donc un produit esthétique…
Oui. En même temps, le producteur ne veut pas nécessairement gaspiller. Ce n’est pas dans son intérêt de gaspiller. La chaîne d’alimentation, ce n’est pas dans son intérêt de gaspiller. Tout ce qu’elle achète lui coûte quelque chose. Et les marges de profit sont tellement minces que c’est dans son intérêt de tout vendre.
Que peuvent faire nos gouvernements pour limiter le gaspillage alimentaire?
Il y a une rumeur voulant que le nouveau livre vert du ministère de l’Agriculture soit énormément centré sur l’aliment plutôt que sur le producteur pour faire un peu comme la France a fait, c’est-à-dire conscientiser les gens au sujet des aliments, leur faire comprendre d’où ils viennent et comment ils ont été fabriqués. À force de consommer du surtransformé ou du tout-préparé, on perd le contact avec ce qu’est vraiment un aliment. Quelque part, les gens qui consomment les paniers biologiques sont ceux qui sont le plus exposés à des fruits et légumes plus près de la nature. Ils ont été moins triés. Une tomate, ce n’est pas parce qu’elle n’est pas complètement rouge uniforme qu’elle n’est pas bonne à consommer.
Devrait-on instaurer une meilleure collaboration entre les épiceries et les comptoirs alimentaires pour éviter le gaspillage?
Oui, définitivement. Moisson Montréal est déjà très efficace dans les grands centres. Dès qu’on s’éloigne de Montréal et qu’on arrive dans de plus petites villes comme Saint-Jérôme, Joliette ou Chambly, c’est plus compliqué. S’il n’y a pas une infrastructure du type de Moisson Montréal qui est prête à faire le tour des épiceries et de collecter les surplus, il y a très peu de cueillette. L’épicier doit aussi avoir le temps de trier ses aliments et les banques alimentaires doivent avoir les moyens de faire le tour des épiceries.
Est-ce que les hausses récentes des prix des denrées peuvent avoir pour effet de réduire le gaspillage?
La hausse des prix des denrées affecte surtout les biens de consommation non essentiels. Les gens vont continuer à acheter du lait, du jus d’orange et du pain. À ce niveau-là, je ne suis pas convaincu que la conscientisation au sujet du gaspillage va se faire très rapidement. Et il reste qu’une hausse de 10 % du prix du panier d’alimentation quand il représente 20 % du budget d’un ménage, ça reste que c’est juste 2 % du budget total d’une famille. L’effet est un peu dilué. Ce n’est pas évident que le Québécois de la classe moyenne va réagir. Je pense que les familles à plus faible revenu subiront davantage les contrecoups ainsi que ceux qui passent par les banques alimentaires.
Bloc-notes
Quelques trucs pour limiter le gaspillage alimentaire à la maison :
- Popoter davantage plutôt que d’acheter des repas tout préparés.
- Aller plus souvent à l’épicerie et s’en tenir à sa liste.
- Ne pas jeter tout de suite un aliment dont la date de péremption est passée. Celle-ci ne signifie pas nécessairement qu’un aliment ne peut pas être consommé dans les jours suivants.
- Acheter des aliments en vrac.
- Congeler des aliments ou des plats faits maison.