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Tchernobyl, 25 ans plus tard

Notre collaborateur revient tout juste d’Ukraine.

Alors que le Japon traverse sa plus grande crise depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ils sont nombreux, ceux à comparer Fukushima à Tchernobyl. Rien à voir cependant! À Fukushima, c’est un tremblement de terre et un tsunami qui ont affecté la centrale nucléaire. À Tchernobyl, ce sont des erreurs humaines et de construction qui en ont été la cause.

Youlia était étudiante à Kiev en 1986. Elle n’était pas au courant de l’explosion de Tchernobyl avant que la propriétaire de l’appartement qu’elle louait ne la prévienne. «Elle était vraiment inquiète pour moi et elle m’a dit : « Fiche le camp, prends le premier train et ne reviens pas. » Toutes les gares de bus et de train étaient bondées, alors j’ai dû rester.»

Anna Korolevskaya, directrice scientifique du Musée de Tchernobyl, nous a raconté, très émue, son histoire et la perte de plusieurs de ses amis, envoyés pour «liquider» les radiations après la catastro­phe. Les témoignages recueillis en Ukraine sont nombreux et tous plus bouleversants les uns que les autres…

On connaît l’éventail des matières radioactives relâchées; principalement l’amé­ri­cium 241, les plutoniums 238-239 et 240, les curiums 242 et 244 et le césium 137. En revanche, le bilan de la catastrophe fait toujours polé­mique. Un bilan de l’ONU de 2005 fait état de 4 000 morts, tandis qu’un rapport du directeur du laboratoire de démographie médicale en Ukraine parle plutôt de 34 449 morts parmi les liquidateurs en 2004. Un autre rapport mentionne, lui, 31 morts.

Quoi qu’il en soit, la zone autour de la centrale est hautement contaminée et ne verra plus un seul habitant avant des siècles. Pourtant, en coulisse, les autorités ukrainiennes songent à la transformer en un «parc d’attractions». De zone à risque, Tchernobyl deviendrait une zone touristique. Quelques «visiteurs» – c’est le terme officiel – peuvent déjà accéder à cette zone d’exclusion. Le magazine Forbes a même classé la destination parmi «les plus exceptionnelles du monde». Près de 8 000 visiteurs ont ainsi pu se rendre à Tchernobyl en 2010.

L’Euro 2012 de soccer, qui aura lieu en Ukraine et en Pologne, devrait rendre la décision plus facile pour les autorités ukrainiennes. Les morts n’ont jamais le droit de s’exprimer…

Pressé par le temps
L’actuel sarcophage entourant le réacteur nº 4 a été construit dans l’urgence et des fissures sont apparues. Il y a encore 200 tonnes de déchets hautement radioactifs sous ce sarcophage. Avec les travaux de consolidation effectués, il y a peu, Volodymyr Kholocha, le directeur de la zone d’exclusion, affirme qu’il peut tenir encore 15 ans.

Un nouveau sarcophage (en réalité plutôt une grande arche de 108 m de haut), prévu dans un premier temps pour 2012, puis désormais pour 2016, doit être construit par un consortium français (Bouygues et Vinci). «Le coût total des travaux est évalué à 1,540 G€», estime M. Kholocha.

En chiffres

  • 3 km : distance qui sépare la ville de Pripiat de la centrale
  • 15 000 : radioactivité 15 000 fois supérieure à la normale à Pripiat le jour de la catastrophe
  • 175 000 habitants évacués
  • 30 km : zone d’exclusion autour de la centrale
  • 2 100 tonnes de plomb larguées sur le réacteur no 4 pour contenir les radiations
  • 6 mois : c’est le temps qu’il s’est écoulé entre l’explosion et la fin de la construction du sarcophage.
  • 100 kg de plutonium restants sous le sarcophage
  • 200 tonnes de déchets hautement radioactifs se trouvent sous le sarcophage avec le plutonium.
  • 250 : une explosion 250 fois plus puissante que celle d’Hiroshima aurait pu se produire et balayer toute vie en Europe.
  • 2,125 G$US : coût du nouveau sarcophage pour remplacer l’ancien, fissuré + de 500 G$US : coût total estimé de la catastrophe de Tchernobyl
  • 26096 : en l’an 26096, le plutonium 239, relâché pendant l’explosion, aura perdu… la moitié de sa radioactivité.

Des secrets
Anna Korolevskaya est directrice scientifique du Musée de Tchernobyl, à Kiev.

Informe-t-on la population des risques liés à la radioactivité?
Les gens ont du mal à accéder aux cartes avec les niveaux de radia­tions précis. Les habitants ont le droit de savoir quel est le niveau de radiation pour pouvoir s’installer avec leur famille en toute sécurité. Malheureusement, il y a tou­jours du secret sur cela.

Pourtant, il y a dans le musée des cartes indiquant clairement les niveaux de radioactivité.
Nous cherchons du financement pour mettre ces données sur des ordinateurs afin que les gens puissent y accéder en tout temps.

Il y a de petites marques sur certaines photos exposées au musée. Quelle en est la signification?
Ce petit signe distinctif indique ceux qui sont déjà décédés. Mais vous savez… [elle se met à pleurer] quand on commence à réfléchir à tout cela… je ne peux pas ne pas me sentir proche de ces gens. Je fais la liaison entre les journalistes et certains liquidateurs, et ce matin, j’ai justement téléphoné à l’un d’eux, mourant, et il m’a remercié de ce que je faisais… Je ne peux pas ne rien ressentir pour tous ces gens, morts pour nous.

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