Le Jour de la Terre ou la première étape d'un long parcours
Cette année, l’Heure de la Terre a débuté sur la côte est de l’Australie, là où elle débute toujours. Pendant 24 heures, elle s’est déplacée d’un fuseau horaire à l’autre de façon constante. Simultanément, des millions de personnes ont éteint leurs lumières, leurs appareils ménagers et leurs téléviseurs pendant cette heure symbolique. Partout sur la planète, des monuments bien connus, dont Big Ben, la tour Eiffel, la porte de Brandebourg, le Parthénon, la Cité interdite et le mont Rushmore, ont été plongés dans la noirceur. Aux Philippines, quelques stations de télévision ont même cessé temporairement de diffuser leurs émissions. Bien que les organisateurs soient encore en train d’évaluer les chiffres, l’édition 2010 est déjà considérée comme l’Heure de la Terre la plus mobilisatrice à ce jour. En effet, plus d’un milliard de personnes y auraient pris part.
Jed Goldberg admet que les manifestations comme l’Heure de la Terre ne bénéficient pas l’environnement d’une façon appréciable. Toutefois, il concède qu’elles sont extrêmement symboliques. M. Goldberg est président de l’organisme Jour de la Terre Canada, lequel coordonne les activités liées au Jour de la Terre, fait la promotion de programmes permanents et sensibilise la population canadienne aux enjeux environnementaux. « Le fait qu’autant de millions de personnes sur la planète participent à ces manifestations dénote une conscience environnementale qui n’existait pas il y a 20 ans, soutient-il. C’est très encourageant. »
En réalité, il faut revenir 40 ans en arrière pour mesurer pleinement le progrès du mouvement environnementaliste. Le premier Jour de la Terre a eu lieu aux États-Unis en 1970, à l’époque du massacre de Kent State et des grèves avec occupation des locaux dans les campus. Des environnementalistes comme Rachael Carson, Jacques Cousteau et Jane Goodall commençaient à être connus partout, tandis qu’une photo emblématique d’une planète Terre fragile sur fond noir (une image prise par les astronautes d’Apollo en route vers la Lune) frappait l’imagination de l’humanité. « Le Jour de la Terre était censé être un phénomène d’une journée, affirme M. Goldberg. Une autre excuse pour faire une grève étudiante. Mais il a touché une corde sensible, et 20 millions d’Américains y ont participé. »
Rétrospectivement, ce nombre est peu élevé. L’année dernière, 90 millions d’Américains ont éteint leurs lumières pendant l’Heure de la Terre. Beaucoup d’autres millions de personnes ont pris part aux activités organisées à l’occasion du Jour de la Terre et du Mois de la Terre dans le monde entier. Le mouvement a-t-il vraiment un effet appréciable sur l’environnement? M. Goldberg affirme que oui. « Aujourd’hui, la conscience écologique fait partie de la culture canadienne, prétend-il. Elle fait partie de notre routine quotidienne. Beaucoup de gens ne savaient même pas ce qu’était le compostage il y a 20 ans. De nos jours, un grand nombre de citadins ont des bacs de compostage dans leur arrière-cour. Les programmes de recyclage sont omniprésents, et l’on observe une véritable sensibilisation à des choses telles que les aliments biologiques et l’économie d’énergie. »
En fait, des études montrent que le compostage a fait diminuer la quantité de déchets organiques envoyés dans les sites d’enfouissement canadiens de 70 %, et ce, seulement pendant les 4 premières années de la dernière décennie. Depuis 2006, le recyclage a connu une hausse de près de 10 %, réduisant ainsi la quantité de déchets produits par les ménages canadiens de 4 % environ. Cependant, les émissions de dioxyde de carbone au Canada augmentent plus rapidement que la population. Les catastrophes récentes, notamment la crise nucléaire au Japon et le déversement de pétrole dans le golfe du Mexique de l’année dernière, indiquent qu’il reste encore beaucoup de progrès à accomplir. « Nous n’avons qu’effleuré le problème, précise M. Goldberg. L’évolution de la sensibilité environnementale