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Travailler main dans la main pour un Nord commun

Oubliez une deuxième guerre froide; la possibilité d’un conflit dans l’Arctique est bien mince. «Il faut briser le mythe de la guerre», déclare Joël Plouffe, doctorant et chercheur à l’Observatoire de géopolitique de la Chaire Raoul-Dandurant à l’UQAM, qui organise le colloque L’Arctique en transition : enjeux régionaux et équations géopolitiques, lundi et mardi.

Si la région circumpolaire est en transition, c’est qu’elle devient de plus en plus mondialisée. Malgré la médiatisation d’affrontement entre les pays riverains, de militarisation du territoire et de discours souverainistes de dirigeants, la collaboration semble être à l’ordre du jour du Conseil de l’Arctique.

«Je m’oppose catégorique­ment à toute évocation d’une guerre pour l’Arctique, a affirmé Arthur Tchilingarov, le vice-président du groupe derrière le forum sur l’Arctique, qui s’est terminé à Arkhangelsk, en Russie, la semaine dernière. La Russie est mûre pour la coopération internationale en Arctique. Nous nous prononçons en faveur d’une Décennie polaire pour engager un maximum de pays dans l’étu­de de l’Arctique et des changements climatiques. C’est une mission planétaire qu’un pays particulier ne pour­ra accomplir.»

La multitude de problématiques que la prochaine navigation à l’année dans les eaux arctiques amènera semble lui donner raison. «Ça s’en vient rapidement», souligne M. Plouffe. Des zones économiques intéressantes à explorer deviendront accessibles. Il faudra voir, entre autres, comment contrôler de nouvelles zones de pêches qui émergeront.

Devant la lourdeur de la tâche et les possibles conséquences environnementales, le moratoire que préconisent les États semble logique. «Les États ne sont pas prêts, avance Joël Plouffe, mais on sent une volonté de travailler ensemble. Quand la secrétaire d’État américaine participe au Conseil de l’Arctique, ça veut dire que les choses changent.»

C’est aussi pourquoi les États voisins, avec en tête l’Union européenne, se retrouvent de plus en plus à la table des négociations. L’enjeu majeur est de protéger la région afin d’être paré à affronter une crise, par exemple, si un déversement survient dans le passage du nord-ouest. Si les États ne sont pas prêts, une telle catastrophe deviendrait un fardeau fiscal lourd pour les citoyens et une mauvaise publicité pour les investisseurs et les touristes.

De son côté, Ottawa part de loin. «Des pays riverains, le Canada est celui qui a le moins développé son territoire nordique», explique le doctorant. Simplement parce ses centres sont loin du Nord et que son territoire est peu peuplé. «Mais on voit une progression», assure M. Plouffe.

Depuis son arrivée au pouvoir, Stephen Harper à fait du Nord une de ses priorités en multipliant les visites symboliques – et patriotiques – en Arctique.  «Historiquement, le Canada a toujours eu un rôle axé sur la coopération, précise M. Plouffe. Le discours très nationaliste du gouvernement actuel nuit un peu [dans une dynamique de collaboration].»

Pour ne pas être largué, le Canada devra faire des choix. Par exemple, si le pays veut un port en eaux profondes dans le Nord, ça devra venir du gouvernement et non des entreprises privées qui ne peuvent développer des régions difficilement accessibles et où la population est faible, croit le chercheur. Une des clés du développement passe par le soutien à la garde côtière.


L’Arctique en transition

Dans le cadre des 24es Entretiens Jacques-Cartier, la Chaire Raoul-Dandurant de l’UQAM présente le colloque L’Arctique en transition : enjeux régionaux et équations géopolitiques. Lundi et mardi, des experts de presque toutes les régions arctiques seront présents pour discuter des enjeux nordiques. Les questions de géopolitique, de développement économique, d’énergie et de stratégie seront notamment discutées.

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