Les émigrés fiscaux
Dans un monde idéal, l’accès à l’éducation et aux services de santé devrait être universel et gratuit. Sauf que, chez nous, ça nous coûte très cher pour des résultats médiocres! La solution? Taxons les riches. Eh bien, nos riches, ils vont finir par foutre le camp!
L’éducation et la santé nous coûtent quelque 36 G$, sur un budget de 50 G$. Pourtant, nos urgences débordent, et il n’y a pas de quoi pavoiser si on est diplômé de l’une ou l’autre de nos universités publiques, car on ne vaut pas un diplômé d’une université privée!
Notre modèle de social-démocratie craque de partout parce qu’il est mal foutu et sous-financé, et il fait du Québec la province la plus endettée au Canada! Et dites-vous bien une chose, quel que soit le prochain gouvernement, péquiste, libéral, caquiste ou autre solidaire ou anarchiste, quand son ministre des Finances ouvrira les livres, il aura une diarrhée mentale tellement notre situation économique est désastreuse.
Et nos riches ne sont pas dupes et ne se laisseront pas «plumer» sans sourciller! Leur terrain de jeu est à l’échelle de la planète. Pour quelque 200 000 $, des Américains se naturalisent dans les Caraïbes. Un bon investissement!
Ici comme ailleurs, après les paradis fiscaux, les délocalisations; de plus en plus de riches «magasinent» un pays d’exil pour garantir à leur argent un peu de tranquillité. L’exemple le plus flagrant nous vient d’Europe. Là-bas, les médias font écho d’une vague qui touche, entre autres, les riches français. La Suisse n’est plus leur seule destination. La Belgique, le Luxembourg, l’île Maurice ou encore la Lettonie sont les nouveaux eldorados. Le tout se fait en toute légalité.
À Bruxelles, ils sont quelque 2 000 émigrés fiscaux de l’Hexagone. On les appelle à la blague les SDF, pour «sans difficulté financière». Avec les contrecoups de la crise et François Hollande, le candidat socialiste aux présidentielles, qui brandit le spectre d’imposer à 75 % les plus riches, le phénomène s’accélère! Ce sont des dizaines de milliers d’héritiers, d’entrepreneurs et de retraités aisés qui envahissent le voisin belge.
Devant les caméras de la télé, une riche héritière du groupe Carrefour s’est même indignée à l’idée de léguer, après sa mort, la moitié de sa fortune à l’État français! D’autres riches entrepreneurs français préfèrent s’installer en Belgique pour revendre leur affaire. Car là-bas, la plus-value sur les ventes et les droits de succession, il n’y en a pas!
La télé publique française a cité l’exemple d’un éditeur. Il a revendu un magazine français à la santé financière florissante pour se réfugier en Belgique. Résultat, il a économisé des centaines de milliers d’euros qu’il a réinvestis dans une entreprise belge, avec à la clé une dizaine d’emplois dont la France ne bénéficie pas! Et je vous fais grâce de l’autre mode en vogue, celle des retraités de la classe moyenne qui mettent le cap vers le sud pour finir leurs jours en beauté. [Lire aussi mon billet: Magasiner un nouveau pays] Alors, comment fait-on pour sauver notre social- démocratie?