Procès Shafia: jamais sans «nos» filles!
Depuis le déclenchement de la saga Shafia, je me suis abstenu de réagir sur la place publique. Tout le Québec le faisait, alors, un commentateur de moins, quelle différence?
Et pour cause, depuis le début, toute la province est devenue experte en crime d’honneur. Un autre crime à la Shafia, et nous parlerons couramment le pachto et le dari, les deux langues officielles afghanes!
Oui, le sort qu’ont subi Zainab, Sahar, Geeti, Rona est abominable. Je n’ose imaginer leurs derniers instants avant d’être assassinées de sang-froid. Une scène macabre et remplie d’horreur. Oui, c’est une aberration, car il n’y en a pas d’honneur à tuer un être humain, quel qu’il soit. Et on ne va pas s’attarder là-dessus.
Ce qui m’attriste le plus dans cette affaire, ce sont ses dommages collatéraux humains. C’est le sort réservé aux autres Shafia qui n’ont pas pris part au crime et par ricochet, tous les gens qui sont issus de leur région d’origine qui subiront la stigmatisation à perpétuité. Le lynchage public est passé par là.
Curieusement, cette affaire me rappelle mon arrivée au Québec. À l’époque, j’ai eu une discussion qui s’est répétée souvent, surtout, avec la gent féminine. Certaines femmes, pas une ou deux, mais plusieurs, dès qu’elles s’apercevaient que je suis ouvert d’esprit, elles se permettaient de me dire que dans ma région, les femmes sont traitées comme du bétail et que c’est horrible comment les hommes les considèrent comme un objet à posséder. Pour faire durer la discussion, je rétorquais: «Mais sur quoi vous basez-vous pour lancer une telle affirmation?» La plupart du temps, on m’a répondu qu’elles avaient vu le film «Jamais sans ma fille». Je répondais, alors, que l’histoire de ce film a lieu en Iran et que moi je venais du Maroc. Leur réponse sans équivoque: «C’est pareil, vous êtes tous des musulmans!» Voilà, je faisais partie de ce Grand Moyen-Orient, comme l’a si bien caricaturé Georges W. Bush.
Là-bas, dans cette contrée nommée barbarie, on est tous pareil. Là-bas, de Casablanca à Kaboul, les hommes tabassent les femmes, les dominent et les traitent comme des chiennes. Alors, évidemment, je rétorquais à mes interlocutrices: «Mais vous me connaissez, je ne suis pas un batteur de femmes et je ne suis pas le seul». Leur réponse était toute faite: «Toi, tu es différent des autres. Tu es comme nous.» Allez comprendre la nuance. Il aurait suffi d’un seul film, et s’en est fini avec la réputation de toute une région du monde!
Pis, au Québec, l’année dernière, il y a eu une trentaine de crimes liés à des drames familiaux et dix enfants ont perdu la vie. Est-ce que cela est suffisant pour dire que tous les Québécois mâles tuent enfants et conjointe quand celle-ci les larguent? Au Québec, il y a des histoires horribles de pédophilies et d’inceste qui font les manchettes. Est-ce que cela veut dire que tous les prêtres et les hommes québécois sont des violeurs finis? Au Québec, les criminels à cravates ont ruiné des centaines de personnes, depuis 2008. Cela voudrait-il dire que tous les experts en finance qui pullulent dans les tours à bureaux de la Place Ville Marie sont des escrocs en puissance? Bien sûr que non, et alors?