JO et ramadan
Le ramadan est le mois du jeûne chez les musulmans. C’est le 9e mois de l’année lunaire. Chaque année, il tombe à une date différente. Et cette année, il va coïncider avec la période des JO de Londres. Un vrai casse-tête pour les athlètes musulmans!
En effet, durant ce mois, les musulmans ne mangent pas et ne boivent pas d’eau, du lever du jour jusqu’au coucher du soleil.
Savez-vous combien d’athlètes seront concernés par le ramadan aux JO? C’est entre 2500 et 3000 athlètes musulmans sur un total d’environ 12000 sportifs qui sont des jeûneurs potentiels pendant les Jeux. En gros, ce sont 25% d’athlètes susceptibles de respecter le jeûne durant les prochains JO.
Participer aux JO pendant le ramadan ne touche pas seulement les pays musulmans. D’autres pays non-musulmans sont également concernés, car ils comptent dans leurs rangs plusieurs sportifs de confession musulmane.
Du coup, la coïncidence des JO avec le ramadan a soulevé la grogne des musulmans. Dès 2006, la Commission islamique des droits de l’Homme avait fait savoir que l’organisation des Jeux olympiques dans cette période allait désavantager les athlètes musulmans. En 2008, la Turquie avait vivement protesté et a demandé que l’on décale l’événement, comme l’avaient d’ailleurs fait d’autres pays comme l’Égypte et le Maroc.
Alors, comment les organisateurs de Londres 2012 ont-ils réagi? En vertu de ses règles de laïcité, ni le comité d’organisation des Jeux, ni le CIO n’ont considéré la possibilité de décaler les dates des compétitions.
«Les Jeux sont apolitiques et areligieux», a répété à l’AFP, au début de mois de juillet, l’Ivoirien Lassana Palenfo, membre du CIO chargé d’aplanir les difficultés avec les comités nationaux olympiques en matière de respect des traditions.
Pour les athlètes musulmans, c’est un véritable choix cornélien. La plupart vont jeûner même si les entraîneurs, les médecins ou les officiels ne ménagent pas leurs efforts pour les en dissuader. Des pays musulmans demandent même aux instances religieuses d’émettre une fatwa (un avis juridique donné par un spécialiste de loi islamique) pour dispenser les sportifs du jeûne durant la compétition. Avec l’obligation traditionnelle de le rattraper plus tard.
Comme l’a rapportée l’AFP, le recteur de la Mosquée de Paris a ainsi été sollicité, en vain, pour expliquer aux candidats olympiques qu’ils ne seraient pas de mauvais musulmans en cas d’impasse.
C’est donc un vrai défi pour les responsables, car les athlètes insistent pour observer le jeûne. Certains sportifs musulmans affirment même avoir de meilleurs résultats pendant le ramadan parce que leur jeûne les aide spirituellement et psychologiquement à se surpasser.
Dans d’autres cas, l’importance de l’enjeu sportif prime. Par exemple, le judoka français Sofiane Milous, qui a respecté le ramadan lors des derniers Mondiaux en août dernier à Paris, a décidé de ne pas observer le jeûne aux Jeux.
Certes, performer au plus haut niveau en jeûnant risque d’être dangereux pour la santé des athlètes. Lorsque le jeûne se prolonge, le déficit énergétique place l’organisme en situation de souffrance. D’autant plus qu’à Londres, la période du jeûne durera 12 heures. Dans une telle situation, c’est risqué de performer sans un apport énergétique nécessaire.
C’est pour cette raison qu’en matière logistique, des cellules d’aide seront mises en place par le comité organisateur à Londres. Sur chaque site de compétition seront aussi apportés des aliments pour que les athlètes puissent rompre le jeûne dès la tombée du jour et les restaurants du village olympique fonctionneront toute la nuit. C’est le seul accommodement raisonnable octroyé par les organisateurs de Londres 2014. Qu’en poussez-vous? J’ai hâte de vous lire.