Égypte: le premier grand malaise du printemps arabe

Photo: Nariman El-Mofty/AP

Le malaise de ces derniers jours, qui a  encouragé les abonnés de la place Tahrir à reprendre du service, est en train de se transformer en une crise pour laquelle le président Mohamed Morsi ne semble pas saisir toute la dimension. Un slogan a retenu mon attention dans les manifestations de plus en plus nombreuses contre le pouvoir «Morsi enlève ta barbe, on verra Moubarak».

Cette référence à celui qu’ils ont rejeté il n’y a pas trop longtemps est suffisante pour alimenter la colère des occupants de la place Tahrir. Ils n’ont visiblement pas l’intention de rentrer avant d’avoir fait reculer le pouvoir, comme durant le printemps arabe. Les échauffourées avec les forces de l’ordre augurent mal des rapports entre Morsi et ses anciens alliés de la rue.

La décision du président égyptien de renforcer notablement son pouvoir en adoptant plusieurs amendements constitutionnels est restée en travers de la gorge de la société égyptienne. Il a également accordé l’immunité à la commission chargée de rédiger une nouvelle Constitution pour empêcher qu’elle ne soit dissoute par une décision de la Cour, ainsi qu’à la Chambre haute du Parlement. Ces deux instances sont dirigées par ses alliés islamistes des Frères musulmans.

Les magistrats de la plus haute cour de justice égyptienne, qui qualifient ces récents amendements d’«atteinte sans précédent à l’indépendance du pouvoir judiciaire et ses décisions», observent une grève illimitée pour forcer Morsi à annuler sa décision.

Le dirigeant de la gauche égyptienne, l’ancien patron de l’Agence internationale de l’énergie atomique, a trouvé la façon parfaite pour illustrer la tentation de l’actuel président d’accaparer tous les pouvoirs en le rebaptisant ironiquement de «Morsi le pharaon». Car jamais on n’aurait cru entendre ce président, que la rue a propulsé au pouvoir, qualifier les manifestants de la place Tahrir de «baltagayas», en français des voyous payés pour semer la pagaille.

La perspective d’un retour à la dictature à la Moubarak semble moins inquiéter certains opposants libéraux. La tentation de Morsi serait, selon eux, plus d’ordre religieux que personnel. Car malgré ses promesses, il ne s’est jamais distancé de sa base politique réelle, à savoir les Frères musulmans. Ces derniers sont d’ailleurs descendus dans les rues de plusieurs villes du pays vendredi dernier, après la grande prière, pour contrer les manifestants anti-Morsi. Ce qui a donné lieu à des affrontements sanglants.

Des ultras de la place Tahrir parlent déjà de la deuxième partie de la révolution, alors que les Frères musulmans, dont plusieurs locaux ont été incendiés, menacent de réagir. Les nombreuses armes en circulation risquent de provoquer une guerre civile dont seule l’armée et les États-Unis, qui digèrent encore très mal l’arrivée d’un islamiste au pouvoir, pourraient profiter. Et le printemps arabe dans tout ça?

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