6 décembre 1989

Tant de haine envers les femmes. Tant de haine que nous ne pourrons jamais comprendre : jamais comprendre pourquoi Marc Lépine a commis ce geste, jamais comprendre pourquoi le destin de ces futures jeunes ingénieures s’est tragiquement arrêté ce jour-là, jamais comprendre non plus la peine des proches et de l’entourage des victimes.

Vingt-trois ans plus tard, ce crime contre les femmes est toujours aussi odieux, toujours frais à nos mémoires. Aux gens qui se demandent pourquoi il est si important de le commémorer chaque année, c’est d’abord pour les familles des victimes, mais aussi parce que nous avons le devoir d’informer les générations futures au sujet de cette journée si sombre dans l’histoire du Québec moderne.

Personnellement, quand c’est arrivé, nous étions plutôt jeunes : huit ou neuf ans. Pourtant, comme si c’était hier, on se rappelle clairement les bulletins de nouvelles, la panique à la télévision, la douleur collective si forte et si omniprésente dans toutes les conversations. Comme si tout le monde avait perdu une amie. Une sœur. Une fille.

On se rappelle même un animateur d’émissions jeunesse à l’époque, Manuel Hurtubise, la voix enrouée, les larmes aux yeux, expliquant la nouvelle aux jeunes. Probablement un des moments les plus troublants qu’on ait pu voir à la télévision, un moment de télé qu’on a regardé avec nos yeux d’enfant, c’est vrai, mais en comprenant la gravité de la chose. Le lendemain à l’école, on ne pouvait pas trop expliquer pourquoi, mais tout le monde était triste en classe.

On ne protégera jamais trop les femmes, c’est évident. Ceux qui trouvent que le féminisme est devenu un mouvement inutile qui n’a plus sa place ont la mémoire courte. Très courte. Ce discours néo-macho est d’un ridicule consommé, surtout une journée comme aujourd’hui. Il y aura toujours des gens pour dire qu’ici, au Québec, les femmes sont traitées en égales. Oui, c’est vrai que, quand on se compare à d’autres pays, on se console. Par contre, même si le regard que notre société pose sur les femmes a beaucoup évolué au 20e siècle, les actions concrètes pour faire avancer la cause elle-même semblent avoir stagné depuis le début des années 2000.

On a vu, hier, que le gouvernement Marois veut que le Québec se dote de son propre registre des armes à feu et qu’il a annoncé la mise en place d’un plan pour contrer la violence conjugale. Toutes opinions politiques confondues, c’est vraiment un pas dans la bonne direction, socialement sans aucun doute. Il y aura bien quelques sinistres imbéciles pour crier à la récupération politique. Ces gens devaient certainement être sur une autre planète, le 6 décembre 1989.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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