Peur, colère et politique : Les autres victimes du 11 septembre
«Des inconnus étaient chez moi. Je ne savais pas qui ils étaient. Étaient-ce des voleurs? Puis, on a vu FBI sur leurs vestes. Ils étaient armés. Je n’avais jamais vu une arme d’aussi près (…) Je marchais dans le corridor et c’était comme si les murs se refermaient sur moi. Je me sentais comme si je me rendais à mon exécution. N’oubliez pas, je n’avais que 16 ans.»
La jeune dame qui livre cet émouvant témoignage s’appelle Adama Bah. Au lendemain du 11 septembre 2001, cette New-Yorkaise d’East Harlem a été incarcérée injustement pendant six semaines. Avant d’être innocentée, elle a dû porter un bracelet à sa cheville pendant trois autres années. Quant à son père, il a été déporté six ans loin de sa famille.
Comme Adama, des milliers de musulmans aux États-Unis ont été ravagés par la lutte aveugle contre le terrorisme. La Montréalaise Nadia Zouaoui leur a consacré Peur, colère et politique, son récent et bouleversant documentaire. On y découvre des tragédies qui dépassent l’entendement.
À travers des témoignages de victimes qui donnent la chair de poule, on mesure l’ampleur de l’islamophobie chez nos voisins. En plus des arrestations arbitraires, plus de 85 000 hommes originaires de 25 pays ont été obligés de s’enregistrer auprès du département de la sécurité intérieure des États-Unis. Ils ont donné leurs empreintes digitales, se sont fait photographier et ont subi des interrogatoires. Près de 14 000 ont été déportés.
Le film de Nadia Zouaoui nous fait aussi découvrir les organismes américains qui s’acharnent à défendre les victimes d’injustices, comme le Center for American Progress. Au 10e anniversaire du 11 septembre, ce centre a pondu La peur incorporée. Ce rapport explique l’origine de la mentalité islamophobe aux États-Unis. Le centre a débusqué les membres d’un réseau d’islamophobes à la tête d’une campagne bien planifiée et financée. Ceux-ci ont profité de la division créée par la haine et la peur chez les Américains.
Nadia Zouaoui lève le voile sur l’autre Amérique. Des auteurs, des avocats, des journalistes, des enseignants, des activistes de gauche ou Monsieur et Madame Tout-le-Monde refusent l’injustice. Ces autres Américains avides de droits individuels ont soutenu bravement les victimes prises d’assaut par les mesures antiterroristes.
Grâce à cette mobilisation, les victimes osent enfin parler des injustices qu’elles ont subies. À travers le théâtre, les livres et les comédies, elles essayent de raconter leurs histoires. C’est ça aussi, l’Amérique.
Pour son travail de mémoire, le film de Nadia Zouaoui a gagné deux prix au dernier Festival Vues d’Afrique de Montréal : meilleure production indépendante (ACIF/ONF) et mention spéciale du prix Droits de la Personne.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.