Canadien de Montréal: vous avez dit pression médiatique et publique?
Quand j’entends les amateurs de hockey et les journalistes de chez nous parler de la pression médiatique et publique que subissent les joueurs du Canadien, je pars à rire. Pour oser affirmer cette ineptie, il faut vraiment avoir hiberné longtemps sans aucun contact avec le reste de la planète.
Je suis né dans la frénésie d’un vrai derby. À Casablanca, une ville de plus de 6 millions d’habitants, la cité est scindée entre les deux clubs locaux, le Raja et le Wydad. Lors du derby, le stade local accueille 80 000 spectateurs déchaînés. Dans la ville, l’amour de l’équipe est tété au sein. Il y a des zones dans le grand Casa qui sont soit vertes, soit rouges, les couleurs des équipes. C’est la folie. Des poèmes sont écrits et récités par les «talifans». La culture du duel est transmise en héritage aux générations futures.
Et je vous fais grâce des autres derbys en Algérie, en Tunisie ou en Égypte. Partout sur la planète football, le vrai, celui qui se joue uniquement au pied, les joueurs, les staffs techniques et les directions sont sur des sièges éjectables.
Même si le foot a été créé par les Anglais, au Brésil et dans toute l’Amérique latine, il a accédé au stade de religion pratiquée tous les dimanches. La contagion a été vite propagée à travers la planète. Les frontières ont sauté depuis que la télé a pris le relais pour mondialiser les ferveurs locales.
Des rivalités planétaires, il y en a à la tonne devant des stades pleins à craquer. Des foules dépassant les 80 000 spectateurs. Les plus médiatisés sont le grand classique brésilien (Fla-Flu) du Flamengo c. Fluminense et le Superclasico argentin Boca Juniors c. River Plate. Il y a aussi l’incontournable classico espagnol Barça c. Real Madrid, sans oublier l’enfer grecque Olympiakos c. Panathinaïkos et ses corollaires turc Galatasaray c. Fenerbahçe et écossais du «Old Firm» Celtic Glasgow c. Glasgow Rangers. Et j’en passe, car la liste est longue.
Pour mesurer l’écart qui sépare la ferveur du hockey de la frénésie du foot, cette semaine, le prodige brésilien Neymar, celui qui a choisi le Barça au détriment de toutes les folles offres mirobolantes des autres géants de l’Europe, a atterri au Camp Nou, le fief catalan. Il a eu droit à une foule record de 50 000 spectateurs pour sa seule séance de signature de contrat. Il s’est exhibé devant un parterre fourni de 334 journalistes de 122 médias et 15 pays différents.
Alors, selon vous, Neymar trouve-t-il ça difficile mentalement? S’ennuie-t-il de l’anonymat? Fait-il son épicerie ou se terre-t-il comme un hobbit dans son trou?