Docteur Obama ou mister Barack?
Je prends pour Obama depuis longtemps, avant même qu’il ne devienne candidat à la présidence, en 2007. J’ai pris pour lui depuis son discours de juillet 2004, lors de la convention démocrate qui a désigné John Kerry comme candidat à la présidence.
Je prends pour cet Obama qui s’est opposé énergiquement à George W. Bush et sa vilaine guerre en Irak. Je prends pour cet Obama farouche défenseur de la liberté et des droits de la personne. Cet Obama qui enflamme les âmes par ses discours épris d’égalité, de fraternité et d’humanité. Cet homme brillant qui a un parcours de vie jonché de rencontres avec les petites gens et leurs misères quotidiennes.
Mais je ne suis pas dupe. Quand il a été élu le 4 novembre 2008, je savais que son discours est une chose et que la vraie vie en est une autre, surtout en Amérique. Cette Amérique est immense et pleine de contradictions. Cette Amérique possède une constitution avant-gardiste, mais a maintenu la ségrégation raciale jusqu’aux années 1960. L’Amérique est capable de grandeur quand elle a élu le premier président noir, mais elle tourne aussi le dos au reste du monde avec sa descente infernale dans l’abîme de son deuxième amendement, ce droit qui garantit pour tout citoyen américain de porter des armes. Pourtant, les armes causent des ravages aux États-Unis.
Je le savais que cette Amérique est très difficile à faire changer de cap mais avec Obama, je croyais enfin à un changement de style, notamment par l’élimination graduelle des affres de la phobie sécuritaire, la fermeture de Guantanamo, le retrait d’Irak et la fin de l’interventionnisme militaire arrogant au Moyen-Orient. Je croyais que tout cela serait remplacer par une diplomatie impliquant le reste du monde.
Obama a bel et bien mis fin à la guerre, mais Barack a intensifié les attaques de drones qui ravagent notamment le Pakistan, l’Afghanistan et le Yémen, sans parler des autres cibles non médiatisées. Dans ces contrées meurtries, le ressentiment envers l’Amérique ne régresse pas. Il ne cesse d’enfler. Barack maintient Guantanamo ouverte et semble hésiter à imposer la force du droit dans les conflits internationaux!
Les révélations du journal The Guardian sur les programmes américains secrets d’espionnage ont fait déborder le vase. Obama ne peut cautionner cette dérive sécuritaire! Pourtant, Barack et l’Amérique remettent à la face du monde leur côté sombre. Une majorité d’Américains juge la surveillance téléphonique « acceptable ».
Quand une république emprunte les méthodes barbares du mal pour combattre le mal, elle finit par s’autodétruire. La république finira-t-elle un jour par faire pencher la balance de l’Amérique vers plus d’Obama et moins de Barack?