L’Iran, tel qu’on ne vous le montre pas!
Nos médias nous brossent le portrait d’un Iran hermétique, d’un pays insensible à la démocratie, une contrée où la dissidence est quasi absente! Une interview à la télé publique iranienne semble prouver le contraire.
La veille de l’élection présidentielle, le docteur Sadeq Ziba Kadem, professeur de sciences politiques à l’université de Téhéran, a critiqué ouvertement la politique étrangère iranienne des huit dernières années.
Dans «L’Iran reviendra-t-elle à une politique de détente avec l’Occident?», un entretien accordé à la télévision publique iranienne Al Alam, Sadeq Ziba Kadem a mis le doigt sur les limites de la politique hostile menée par l’administration Ahmadinejad envers le reste du monde. « L’isolement international de l’Iran n’est pas une fatalité », a-t-il plaidé.
Pour l’académicien iranien, l’Occident et les dogmatiques iraniens sont dans le déni. Il a d’ailleurs entamé son interview en décochant une fléchette aux Américains et leurs alliés. Sadeq Ziba Kadem juge infondée la critique répétée par l’Occident selon laquelle le président de la république iranienne n’a ni le pouvoir ni les prérogatives pour influencer la politique étrangère de son pays, notamment dans le dossier du nucléaire.
« Nous avons eu des présidents qui ont prouvé le contraire. Le président Hachemi Rafsandjani a renforcé nos relations avec l’Égypte, l’Arabie Saoudite et les pays arabes du Golfe Persique. Il a même essayé d’améliorer nos relations avec l’Occident, mais il a fait face à l’opposition des dogmatiques. Il n’a pas pu aller plus loin », a-t-il lancé à son intervieweur.
Il a ajouté que la politique de détente a bel et bien été poursuivie à l’époque du président Mohammad Khatami. « Nos relations avec l’Union européenne étaient excellentes, notamment avec la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. Nos relations étaient aussi bonnes avec le Canada et l’Australie », a précisé Sadeq Ziba Kadem.
Le professeur iranien a déploré la politique étrangère de l’Iran durant les huit dernières années. « Depuis 2005, le docteur Ahmadinejad a poursuivi une politique putschiste et ferme. »
Avant le jour de l’élection-surprise du modéré Hassan Rohani, le professeur iranien a livré en ondes une analyse visionnaire, pour ne pas dire prophétique, de l’avenir de l’Iran : « Notre prochain président doit poursuivre une politique de réconciliation avec le reste du monde, a-t-il précisé avec conviction. Il n’y a aucune raison pour que nos relations ne soient pas bonnes avec les pays arabes, l’Europe et la France. »
Sadeq Ziba Kadem espère que le prochain président de la République reprenne la politique de détente entamée par ses prédécesseurs, les présidents Khatami et Rafsandjani. « L’Iran doit normaliser et renforcer ses relations avec les États musulmans et du reste du monde », a-t-il conclu.