Trois amis

Nous sommes à la station de métro Papineau. Il est 11 h 40. Je suis terriblement en retard à un rendez-vous. Dans mon empressement, je m’enfarge presque dans un flûteux qui flûte de tout son cour et, surtout, de tous ses poumons, au premier palier de la station. Plusieurs autres usagers au pas pressé ignorent également le vaillant musicien. Essoufflée, j’entame l’ultime étape qui mène à la sortie.

Je prends tout de même l’escalier artisanal, c’est-à-dire pas mobile, parce que c’est bon pour le cardio. Ma montée coïncide avec la descente de trois hommes qui, eux, ont emprunté l’escalateur voisin. Ils sont au beau milieu d’une discussion animée et semblent se connaître depuis toujours. On les dirait tout droit sortis d’un film de Pagnol, avec leurs joues roses et leurs cheveux poivre et sel qui dépassent de leurs casquettes élimées. Ne manquent que les boules de pétanque, le verre de Pastis et la Provence.

L’un d’eux raconte une histoire que les deux autres écoutent avec attention. Afin de ne perdre aucun mot, l’un d’eux tourne le dos au pied de l’escalier. En fait, c’est pour ne laisser échapper aucun geste qu’il ne quitte pas son ami des yeux, car le récit silencieux de ce dernier est raconté en langage des signes. Ces hommes ont certainement plusieurs points en commun, dont celui d’être malentendants.

Concentré, celui qui tourne le dos à la descente manque la dernière marche. Il est rattrapé de justesse par ses comparses qui rigolent devant ce faux pas burlesque. Les trois amis s’éloignent, collés l’un à l’autre dans leur silence complice. Je perçois au loin que l’un d’eux, en passant devant le musicien, fouille dans ses poches et dépose une pièce.

Le flûtiste crie un «merci!» qui tombe à plat, car son bienfaiteur a déjà tourné le dos et ne peut pas l’entendre. Ce qui n’empêche pas l’artiste, encouragé, de reprendre sa ritournelle de plus belle.

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