Tour de France: le mal est fait!
Comme le soccer, le Tour de France est un monument du sport qui me marque depuis que je suis tout petit. À défaut de suivre sa couverture télé, jusqu’à la fin des années 1980, je me contentais des flashs infos et de longs articles du journal français L’Équipe.
Au début des années 1990, la télé satellitaire m’a enfin plongé, pour de bon, dans la transmission en direct du tour. Depuis lors, je n’ai raté aucune édition. Même quand je suis devenu travailleur avec des horaires incompatibles avec la diffusion en direct du Tour, j’enregistrais les courses sur des VHS. Le défi était d’éviter d’en parler pour garder le mystère de l’étape. Le soir, de retour chez moi, je me retapais toute la course. Je vivais en différé l’émotion enregistrée.
Les avancées de l’internet ont embelli mon plaisir du Tour. Je suivais les courses en double couverture, je mixais les images télé d’Évasion puis de RDS au commentaire et à l’analyse de RMC (Radio Mont Carlo) – la chaîne française qui consacre une grande partie de sa programmation au sport. Je regardais la télé avec le son de la radio dans mes écouteurs. Un pur bonheur.
Le hic, depuis l’affaire Festina, en 1998, c’est que les histoires de dopages s’accumulaient et que mon plaisir diminuait. Des soupçons pesaient sur les coureurs et la liste des dopés ne cessait d’allonger. Les perquisitions policières sont devenues carrément des étapes inévitables du Tour.
Sans vergogne, des coureurs mutants comme Marco Pantani, Alexandre Vinokourov, Floyd Landis et j’en passe, exécutaient des chevauchées extraterrestres le temps d’une étape! Mais Lance Armstrong nous a tous bluffés. En passant entre les mailles du filet des contrôles, le show continuait!
Il était de plus en plus évident que les coureurs expérimentés étaient bien entourés par des médecins qui se pliaient à leurs ordres et qu’ils profitaient d’une logistique sans faille. Ils avaient toujours une avance confortable sur le contrôle antidopage. À ce propos, lisez Tour de France: comment les coureurs contournent les contrôles, un article de Rémi Dupré et Stéphane Mandard du journal français Le Monde.
L’acharnement de la justice et des journalistes a fini par faire éclater la vérité. Mis au pied du mur, Lance Armstrong a fini par avouer devant Oprah et la planète entière.
Alors, les organisateurs du 100e Tour de France ont claironné qu’une nouvelle génération a pris le pouvoir du Tour avec les maillots jaune (Froome, 28 ans), blanc et à pois rouge (Quintana, 23 ans) et vert (Sagan, 23 ans). Quand on a vu les accélérations abruptes et foudroyantes de Froome dans les ascensions mythiques de AG-3 Domaines, le Ventoux, L’Alpe d’Huez et Semnoz, on était en droit de douter.
Pour comprendre la supercherie, lisez Tous dopés? La preuve par 21, un magazine fascinant disponible en kiosque. Il est édité par Antoine Vayer, ancien entraîneur de Festina, spécialiste de l’analyse des performances des cyclistes professionnels et chroniqueur pour plusieurs quotidiens, dont Le Monde.
Pour boucler la boucle et comprendre l’ampleur des dégâts du dopage, lisez sur le site Point.fr Le Tour de France – Les chiffres effarants du dopage, de Natalia Bourguignon et Alexandre Ferret.
Le mal est fait!
À lire aussi dans, la chronique de Hassan Serraji, Tour de France: Le dopage à l’œil nu