Basket

Ligne d’autobus numéro 51, direction ouest. C’est vendredi, il est 16 h. La semaine se termine dans un essoufflement. Par habitude, je me dirige vers le fond du véhicule. De la musique dans les oreilles et l’œil posé sur mon agenda, je me dépose lourdement sur un banc laissé libre sans réaliser tout de suite que cette place est comme une île située au sein d’un archipel d’adolescents.

Je réduis doucement Stevie Wonder au silence, range mon iPod et observe ces cinq grands gars aux jambes interminables, affalés sur leurs banquettes. On dirait une équipe de basket qui aurait quitté le match abruptement. Comme de fait, aux pieds de l’un d’eux – qui chausse du 12… – est posé un sac-filet qui contient trois ballons jaune orange portant l’acronyme NBL.

Les garçons s’échangent des petits coups sur les épaules, se foutent de la gueule les uns des autres. Ils parlent de la partie qu’ils viennent de perdre, mettant la faute un peu sur eux-mêmes et beaucoup sur leur entraîneur. Il y a, au sein de cette équipe d’ados, une énergie nonchalante. Un parfum de vestiaire qui frôle par moments l’odeur de petit pingouin. Le tout marié à l’arôme du gros sac de Doritos que s’échangent les joueurs avec leurs si longs bras.

Puis, au coeur de ce bal d’hormones en folie et de voix qui muent, le téléphone de l’un d’eux se fait entendre. Celui qui tient le sac de chips fluorescentes répond. Il feint d’être au-dessus de ses affaires, mais on sent bien qu’il rebondit de joie… intérieurement. Ses quatre amis surexcités émettent des sarcasmes immatures : «Hé! Marco! C’tu ta blonde!?!?!?»

Marco ignore ses coéquipiers. Il s’éloigne un instant pour gagner un peu d’intimité. Il revient rapidement au jeu. «Passe les chips, man!» lui ordonne un ailier. Dans le regard et les fossettes du grand Marco, il y a le bonheur de celui à qui appartient la victoire. À cet instant précis, il drible avec le meilleur de ses deux mondes : une blonde et un sac de chips. Le second pour le p’tit gars et la première, pour celui qui doucement, mais sûrement, est en train de quitter le terrain de l’enfance.

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