Nourrir les autos ou nourrir les gens?
Il y presqu’un an, lorsque j’étais encore chez Greenpeace, j’avais posé
cette question à la Commission sur l’avenir de l’agriculture au Québec.
En effet, cultiver du maïs ou du canola pour produire de l’éthanol ou
du diésel détourne une partie des terres de la mission première de
l’agriculture, qui est de nourrir les gens.
Qui
aurait pu prédire que, moins d’un an plus tard, il y aurait des émeutes
de la faim dans une trentaine de pays, dont Haïti? Mais on en est là.
La crise alimentaire est principalement causée par la montée
vertigineuse des prix mondiaux des denrées alimentaires à laquelle
contribuent les agrocarburants.
Il est vrai que la biomasse à
petite échelle et à un niveau local, comme par exemple, l’utilisation
d’une partie des déchets agricoles ou forestiers, serait une bien
meilleure alternative que le maïs ou le canola privilégiés par le
gouvernement fédéral et plusieurs pays comme les États-Unis.
Face
à la crise alimentaire actuelle, de plus en plus d’instances, comme le
rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, le
gouvernement de la France et l’Agence européenne de l’environnement,
recommandent une pause dans la course aux agrocarburants. Des experts
révèlent également les impacts environnementaux négatifs que des
agrocarburants produisent. Par exemple, le biodiésel, fait à partir de
l’huile de palmier, contribue à la destruction des forêts intactes dans
le sud-est de l’Asie tout en augmentant aussi les émissions de gaz à
effet de serre. Plus proche de nous, l’expansion du maïs et du canola
vont faire croître les surfaces de cultures génétiquement modifiées
(OGM).
Rappelons que le gouvernement du Québec a déjà décidé de
ne pas aller plus de l’avant avec la filière du maïs-éthanol. Cette
recommandation est tout à fait sage et responsable. Cependant, les
gouvernements du Québec et du Canada continuent à appuyer l’objectif de
5 % d’agrocarburants dans l’essence. Il serait temps et pertinent de
suspendre cet objectif. Le parlement à Ottawa s’apprête à voter un
projet de loi (C-33) qui, au contraire, va légitimer l’objectif de 5 %
d’éthanol sans avoir mis en place des garde-fous stricts pour protéger
l’environnement et la sécurité alimentaire mondiale.