Cris de désespoir contre le trafic de drogue

Otto Pérez Molina a fait entendre sa voix au Sommet des Amériques à Carthagène ce week-end. Il faut légaliser les drogues pour lutter contre la violence au sud du Rio Grande, car la guerre contre les narcotrafiquants ne peut être gagnée.

Le message du président guatémaltèque a aussitôt été rejeté. Le contraire aurait surpris.

Commencée en 1971, sous Richard Nixon, «la guerre contre les drogues» à l’échelle continentale a coûté à Washington plus de 2 500 G$ et accentué la présence militaire américaine dans divers pays du sous-continent tout en menaçant la paix civile de certains d’entre eux.

Près de 15 % des économies latino-américaines pâ-tissent de la violence générée par cette guerre qui, au Mexique, a fait 50 000 morts depuis 2006. L’Amérique centrale, par où transite 90 % de la marijuana et de la cocaïne consommées aux États-Unis, est devenue une des régions les plus violentes du monde.

Ne serait-il donc pas plus judicieux de dépénaliser la drogue afin de porter un coup mortel aux narcos? Poser la question, comme l’a fait Molina, un ancien militaire élu en novembre dernier, c’est y répondre. Mais si une légalisation des stupéfiants fera sans doute chuter les prix, qu’en est-il de la «santé publique»?

Légaliser ou non les drogues, du moins certaines d’entre elles, est une question sans fin. En Amérique latine, le débat lancé par le Guatémaltèque Perez Molina a trouvé un timide écho chez le Mexicain Felipe Calderón et le Colombien Juan Manuel Santos. Trois présidents de droite qui crient leur désespoir.

Pour donner un véritable coup de massue au trafic de la drogue, ils devraient aussi penser à s’attaquer à la pauvreté. Un tiers des 600 millions de Latino-Américains vivent encore dans la misère. La répartition des richesses est la plus inégale au monde.

Tout cela est un terreau fertile pour les narcotrafiquants. Ils peuvent compter sur les paysans démunis et les gangs de rue lourdement armés pour la production et la distribution des stupéfiants.

Manuel Santos, hôte du sixième Sommet des Amériques, a rappelé ceci aux investisseurs canadiens et américains présents à Carthagène : «Chaque Latino-Américain qui sort de la pauvreté est un consommateur supplémentaire.»

C’est aussi un maillon de moins dans la filière sanglante qui alimente les États-Unis, premier consommateur mondial de drogues.

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