Sommes-nous assez solidaires?
Pour certains, le Québec ressemble de plus en plus à une république bananière avec, à sa tête, une oligarchie mafieuse qui contrôle toutes les institutions politiques.
Certes, le capital a pris en otage notre démocratie, et les scandales financiers se multiplient. Les agissements de la firme de génie-conseil Roche, révélés par l’émission Enquête de Radio-Canada, en sont une illustration.
La collusion et la corruption dans l’industrie de la construction ont instauré la magouille en système de gouvernance politique à tous les niveaux. Sans oublier les escrocs à cravate qui pullulent dans le milieu de la finance, ce qui attise le désarroi de la population.
Rien ne va plus, alors? Les riches deviennent scandaleusement plus riches et ne paient pas leur juste part pour maintenir à flot notre modèle social-démocrate. Les moins nantis s’appauvrissent et le soutien public rétrécit comme peau de chagrin!
Depuis presque 10 ans, je suis l’actualité, je ne rate aucune occasion pour débattre avec des gens de gauche comme de droite et
je recoupe l’information pour pouvoir avoir une image, la plus claire possible, de notre situation. Résultat : nous sommes loin de cette caricature bananière!
Alors, combien de nos concitoyens payent l’impôt sur le revenu au Québec? 45 %. Le début de la réponse, je la dois à Michel Girard et à sa chronique du 2 avril dans La Presse. Je vous conseille de chercher sur l’internet Statistiques fiscales des particuliers, année d’imposition 2009, document rendu public par le gouvernement du Québec. J’y ai appris que 55 % des contribuables québécois ne paient pas d’impôt sur le revenu, car, pour la plupart, ils gagnent moins de 30 000 $ par an. Les 45 % des Québécois qui gagnent plus de 30 000 $ versent 16,9 G$ d’impôt dans nos caisses.
Les contribuables qui ont gagné entre 30 000 $ et 49 999 $ de revenu ont versé 3,55 G$ en impôt. Ils ont assumé 21 % de la facture fiscale alors qu’ils représentaient 23,1 % des contribuables.
Les citoyens qui ont gagné de 50 000 $ à 99 999 $ ont versé 8,1 G$ en impôt provincial, soit 47,7 % de la facture fiscale, alors qu’ils représentaient 18,1 % des contribuables.
Les 250 000 Québécois gagnant plus de 100 000 $,en 2009, ont versé 6,9 G$ en impôt provincial. Ils assument 41 % de la facture de l’impôt des particuliers, même s’ils ne représentent que 4,1 % des contribuables.
Alors, de grâce, arrêtons de dire que les mieux nantis ne participent pas à l’effort collectif. Faut-il rappeler que 55 % des contribuables québécois (soit 3,4 millions) ne versent pas un cent d’impôt net et que 1,6 G$ supplémentaire a été transféré en aide gouvernementale directe aux plus démunis, soit aux gens qui ont gagné 20 000 $ ou moins.
La solidarité est là et elle doit continuer de l’être et s’accroître, même si notre société souffre d’un déficit démocratique flagrant qui nous éclabousse tous. Le défi est de trouver des solutions viables pour nous prémunir collectivement contre ce mal qu’est la corruption!
Les riches
Alors, de grâce, arrêtons de dire que les mieux nantis ne participent pas à l’effort collectif.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.