Conflit étudiant: la déchirure!
À l’automne 1999, si on m’avait dit au moment de poster ma demande pour immigrer ici qu’un jour un jeune perdrait l’usage de son œil lors d’une manifestation estudiantine, qu’un chroniqueur vedette se ferait intimider chez lui ou que le maire de ma ville d’adoption veut serrer la vis aux manifestants, alors je ne l’aurais pas cru, mais pas du tout!
Qu’est-ce qui nous arrive au Québec? Pourquoi sommes-nous rendus là à nous déchirer? Ce conflit étudiant nous a mis à nu, et nous sommes collectivement responsables.
La lutte qui oppose «nos» étudiants à «notre» gouvernement se doit de nous interpeller tous. Qu’on soit pour ou contre, c’est de bon augure de voir la jeunesse d’un peuple quel qu’il soit s’indigner et revendiquer des droits.
Ce qui est déplorable, c’est cet amalgame entre revendications démocratiques et désobéissance civile. Certains défendent cette option en invoquant que toutes les luttes contre toutes les discriminations qui ont fait avancer l’humanité ont dû un jour accéder au stade de la désobéissance voire la violence civile pour s’imposer!
Certes. Mais on n’en est pas rendu là. Brandir le spectre de la désobéissance civile, haranguer la foule pour intimider ses opposants et se lâcher en catimini sur les médias sociaux en proférant des insultes n’honore pas notre société!
Je l’ai déjà évoqué dans «Conflit étudiant: la racine du mal!»: les affaires sales ébranlent nos dirigeants depuis longtemps. Abus et manque d’éthique des ministres, collusion, corruption et industrie de la construction et pétrolières directement branchées au financement occulte des partis politiques. Le tout, dans un monde où fleurissent les salaires indécents des dirigeants des grosses entreprises, ces conglomérats qui défiscalisent de plus en plus leurs revenus dans des paradis fiscaux alors que la crise financière a mis à genou des peuples. Dans un climat pareil, de la perte de la foi envers nos dirigeants, on accède facilement au stade suprême de la colère. Mais de là à dire que nous vivons dans une dictature, c’est jeter de l’huile sur le feu et tabler sur la politique de la terre brûlée.
C’est le cas aussi des chroniqueurs en mal de sensationnalisme qui ont opté pour un virage à droite. Ceux-là mêmes qui ont déroulé le tapis rouge de leurs tribunes à des opinions qui valorisent plus les peurs, les haines et les craintes qui nous divisent.
Dans ce bazar, notre gouvernement démontre un amateurisme flagrant dans la gestion d’une crise qui aurait dû être gérée avec doigté, loin de tout calcul politicard, et là, je blâme aussi «nos oppositions» qui cartonnent avec un manque de leadership ahurissant!
Chez nous, ici au Québec, on a besoin d’un appel au calme et de la solidarité de tous, de gauche, comme de droite. Certes, il ne faut pas mettre en péril nos finances, mais notre jeunesse mérite plus de respect.
Un peuple qui a subi en quinze ans deux référendums déchirants et qui a réussi à aller de l’avant malgré tout mérite mieux! Car, dans d’autres contrées, il aurait suffi de si peu pour déclencher une guerre civile sans merci!