Le parfait bouc émissaire
Après la récente boucherie qui a meurtri la France, l’islam est officiellement le parfait bouc émissaire, même pour le plus modéré des Occidentaux!
Pourtant, à l’Hyper Casher, Lassana Bathily, un jeune musulman malien, a sauvé la vie de plusieurs Français juifs, et à Charlie Hebdo, deux victimes sont issues du monde musulman : Mustapha Ourrad, correcteur, et Ahmed Merabet, le policier qui a tenu tête aux terroristes.
Depuis une décennie, après chaque attentat, l’opinion publique occidentale se radicalise un peu plus. Elle perçoit désormais l’islam comme son ennemi public numéro un, et les musulmans comme des barbares qui s’entretuent et exportent la terreur!
Oui, le monde musulman est malade, car de ses entrailles sortent ces monstres sanguinaires qui sèment la terreur au nom d’une caricature aliénée de l’islam. Pourtant, comme l’a résumé récemment Franz-Olivier Giesbert dans Le Point, «l’islamisme n’est pas consubstantiel à l’islam. Il est à la religion musulmane ce que l’Inquisition fut au christianisme (…) Si on prend de la hauteur, l’islam est une jeune religion: elle n’a que 14 siècles, 6 de moins que le catholicisme. Où en était celui-ci au même âge?»
En terre d’islam, au risque parfois de leur vie, comme c’est le cas du blogueur saoudien Raif Badawi, de plus en plus de voix, d’hommes et de femmes, s’élèvent, s’indignent et aspirent à une démocratie où les libertés d’expression et de conscience, l’égalité hommes-femmes, la séparation de l’État et de la religion, la reconnaissance du pluralisme religieux et des minorités religieuses feront partie de la vie de tous les jours. Ce n’est peut-être pas assez, mais le chemin est long et plein d’embûches, surtout dans une région étant sous la mainmise étrangère.
Le printemps arabe en est une preuve criante. La Tunisie semble emprunter le chemin de la raison, la Libye traîne le pas, avec raison, l’Égypte recule pour rebondir impérativement, et la Syrie se décime pour renaître. C’est le propre de toutes les révolutions. Comme pour la Révolution française, le monde musulman a besoin de plus de temps.
L’islam n’est pas la principale raison derrière le terrorisme. Sinon, pourquoi les jeunes éduqués sont-ils immunisés contre la radicalisation islamiste? Celle-ci recrute presque exclusivement dans les «poubelles» de nos sociétés. Nommez un seul terroriste islamiste qui n’ait pas eu une enfance chaotique, un parcours scolaire erratique, une jeunesse délinquante et qui n’ait pas transité par les prisons de la république, les véritables écoles du djihad en France. Il n’y en a pas.
L’évidence de cette vérité dérange, car c’est plus payant et facile de montrer du doigt les musulmans. Un terroriste, c’est d’abord un contenant, le jeune au passé chaotique, avant le contenu, l’islam radical. On se focalise sur le contenu, on voile le contenant! Jusqu’à quand?
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.