Je n'ai plus peur
Adulte. C’est un mot qui fait peur. Sérieux. Enfant, je pouvais avoir peur des monstres, mais devenir un adulte, ÇA, c’était épeurant. Parce que c’était en devenir, un monstre.
C’est juste une question de stats. Statistiquement, gamin, j’avais pas croisé assez d’adultes cool pour m’en faire une bonne idée. J’avais croisé surtout des adultes épais.
C’est quoi, un adulte épais? C’est un adulte qui pense qu’être adulte, c’est être un robot responsable qui effectue une tâche et qui souhaite avoir quelques belles années de repos avant de mourir. C’est un adulte qui dit aux enfants d’en profiter parce que ce sont les plus belles années de leur vie. C’est un adulte qui brise les rêves des enfants avec son cynisme. C’est un adulte qui méprise et qui ridiculise les révoltes adolescentes. C’est pas un adulte ça, c’est un épais. On va arrêter d’être polis. Y’a assez d’humoristes qui ont fait des numéros sur le sujet et tellement de gens qui ont approuvé : «Heille gang, y en a tu des épais dans vie!» Puis là, le St-Denis applaudit à tout rompre. Ben, en v’là des épais.
Je pense humblement que, bien vieillir, c’est bien trier. Jeter, atténuer le pas bon, garder et entretenir le bon. Exemple : j’ai pas sacré de la gouache sur les murs depuis mes cinq ans. Mais je n’ai jamais arrêté de rêver et d’avoir le cœur fort du «tout est possible» de mes cinq ans.
J’ai pas eu de sourire baveux, collé littéralement nez contre nez, avec un prof depuis… au moins 13 ans. (C’est arrivé juste une fois. Pauvre femme, j’étais super gentil en plus. Fallait juste pas essayer de me casser.) Mais j’ai jamais perdu ma fougue contre l’abus de pouvoir, l’injustice et la volonté de payer le prix en renonçant au confort pour me battre. Oh, et aujourd’hui, mes jeans sont foutrement moins larges. Ouep, j’étais un d’même.
De mes 20 ans? Qu’est-ce que je jette, qu’est-ce que je garde? J’ai perdu en insouciance, mais pas en ambition. Je danse moins souvent, mais I still got the moves, baby! Ouin, je sais, ça surprend souvent. J’aime danser, puis je danse bien en plus. Ça me détend de swinguer les jambes partout en faisant spinner une mamoiselle.
Bref, aujourd’hui, je n’ai plus peur. Je sais qu’être adulte, c’est pas une fatalité triste. J’étais un gamin qui jouait à l’adulte. Aujourd’hui, je suis un adulte qui essaie de ne jamais oublier de jouer.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.